Dans une vidéo présentant une scène d’enterrement, l’auteur indique en légende qu’il s’agit d’une: “Révolte de parents des soldats tombés lors d'un enterrement vite fait (...)”
Sur Facebook, une vidéo publiée par la page FirstNiger le 7 mars 2026 crée une polémique. D’une durée de 26 secondes, elle présente une foule de personnes, dans un cimetière manifestant leur mécontentement. Un homme de dos déclare : “en temps que dernière demeure, regardez la profondeur du trou, pour des gens qui sont morts pour la patrie”. Devenue virale (1,2,3,4), les auteurs tentent de faire croire aux internautes qu’il s’agit d’un événement récent qui a causé une : “Révolte de parents des soldats tombés lors d’un enterrement vite fait (…)”.
La vidéo, à la date du 12 mars 2026 a cumulé plus de 332 000 vues, 2100 like, 559 commentaires et 119 partages.
FirstNiger , créé le 6 mars 2019, se présente comme un média d’information. Selon les informations disponibles au niveau de la transparence de la page, celle-ci est administrée par deux comptes officiellement basés en Guinée.
Cette vidéo date -t- elle vraiment de 2026 ? Fasocheck a vérifié.

Capture d’écran de la publication
D’où vient cette vidéo?
La vidéo montre une série de tombeaux alignés. Tout autour, une foule manifeste son mécontentement face à la qualité de ceux-ci. On aperçoit également, des gens caméra en main en train de filmer la scène. Un plan d’ensemble de la vidéo montre plusieurs autres tombes indiquant ainsi que la scène se déroule dans un cimetière.
Déjà dans les commentaires, des internautes ont indiqué qu’il s’agit d’une vidéo de l’inhumation de soldats tombés à Inata en 2021. Suivant cet indice, une recherche sur Google avec les mots-clés “inhumation de gendarmes tombés à Inata novembre 2021” a permis de retrouver sur certains site de médias d’information burkinabè, des reportages datés du 23 novembre 2021 sur l’enterrement des soldats tombés à Inata.
Dans les reportages réalisés lors de l’enterrement par les télévisions BF1 et 3TV, plusieurs éléments visuels permettent de constater que les images utilisées sont similaires. On observe notamment la présence de certains personnages dans les deux reportages, ainsi que des séquences où les sépultures sont identiques.

Ces mêmes personnes apparaissent à la fois dans les images diffusées par 3TV et par BF1.

Les propos tenus dans la vidéo au sujet de la qualité des tombes correspondent également à ceux relayés par les médias lors de la couverture médiatique de l’événement en 2021, ce qui renforce le postulat que les images présentées comme récentes datent en réalité de 2021.
Qu’est ce qui s’est passé à Inata ?
Après que 53 personnes, dont 49 gendarmes et 4 civils, ont été tuées le 14 novembre 2021, lors d’une attaque terroriste à Inata, dans la province du Soum, au nord du Burkina Faso, 37 des 49 gendarmes ont été inhumés, le 23 novembre 2021, au cimetière municipal de Gounghin. Cette inhumation avait suscité une polémique, notamment sur la profondeur des tombes, dénoncée par les proches des victimes.
À la suite de cette attaque, l’ancien président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, avait décrété un deuil national de 72 heures. Il avait également instruit l’Inspection générale des armées d’ouvrir une enquête sur les dysfonctionnements ayant conduit à ce drame.
La vidéo qui circule actuellement sur les réseaux sociaux provient en réalité d’une manifestation de mécontentement des parents des victimes, organisée à l’époque lors des obsèques. Elle a été remise au goût du jour pour faire croire qu’il s’agit d’un enterrement récent de membres des Forces de défense et de sécurité.
Conclusion
La vidéo présentée comme étant une inhumation récente de soldats, au cours de laquelle des parents de victimes ont dénoncé les conditions d’enterrement, est trompeuse. Elle a en réalité, été sortie de son contexte. Cette séquence remonte à 2021, lors de l’enterrement de gendarmes au cimetière municipal de Gounghin, tués lors de l’attaque terroriste du 14 novembre 2021 à Inata, dans le nord du Burkina Faso. La vidéo provient précisément d’une manifestation de mécontentement de proches des victimes au moment des funérailles. Elle est aujourd’hui remise en circulation pour faire croire qu’il s’agit d’un événement récent.
Par ailleurs, depuis 2022, les inhumations des Forces de défense et de sécurité (FDS) ne sont plus médiatisées.
Fact-checker: Rabiatou Congo