Le visage de l’agriculture  au Burkina Faso

Avec 26,4 % à 21,7 % du produit intérieur brute en 2000 et 2022, l’agriculture est le premier secteur économique du Burkina Faso. L’Etat Burkinabè a annoncé en décembre 2025 « une production céréalière record de 7 142 484 tonnes ». Ce volume représente une hausse de 17,63 % par rapport à la campagne précédente et de 37,19 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Depuis, certaines opinions avancent sur la toile que le Burkina Faso a atteint l’autosuffisance alimentaire. Qu’est-ce que c’est ? Quelle est l’évolution de la production céréalière au Burkina Faso ces dix dernières années ? Quelles sont les plus grandes zones de production du pays ? A travers cette fiche d’information, Fasocheck fait le point à partir de données publiques émanant du ministère de l’Agriculture.

Comprendre les notions d’autosuffisance, de sécurité et de souveraineté alimentaires

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’autosuffisance alimentaire signifie la capacité d’un pays à satisfaire les besoins alimentaires de la totalité de sa population à partir de sa propre production nationale et donc satisfaire la demande finale. 

La sécurité alimentaire, en revanche, dépasse la seule question de la production. Citant la définition adoptée lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1996, la Banque mondiale indique que la sécurité alimentaire existe lorsque « tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active ». Cette notion met donc l’accent non seulement sur la disponibilité des aliments, mais aussi sur l’accès des populations, leur qualité nutritionnelle et la capacité à s’en nourrir durablement.

La souveraineté alimentaire, quant à elle, est un concept politique porté par les mouvements paysans depuis le Sommet mondial de l’alimentation de 1996. Elle est définie comme « le droit des peuples et de leurs gouvernements de définir leurs politiques agricoles et alimentaires ». Elle inclut également le droit de chaque pays de maintenir et de développer sa propre capacité à produire son alimentation, dans le respect de sa diversité culturelle et agricole. La souveraineté alimentaire ne se limite donc pas à la quantité produite. Elle concerne le contrôle du système alimentaire, notamment le choix des cultures, les politiques agricoles, la protection des producteurs locaux et l’indépendance vis-à-vis des marchés extérieurs. 

Productions céréalières du Burkina Faso sur la période 2015-2025

La production de céréales au Burkina Faso a connu sur la dernière décennie une progression globale en dent de scie, malgré un contexte marqué par des défis climatiques, économiques et sécuritaires.

Alors que les besoins de consommation en céréale de sa population sont estimés à 5 650 700 de tonnes en 2025, la production céréalière provisoire pour la même année est estimée à 7 142 484 tonnes selon le compte rendu du conseil des ministres du 17 décembre 2025. Ainsi le taux de couverture apparent des besoins s’établit à 126,6 %, contre 111,5 % lors de la campagne 2024/2025.

En 2025, sur le plan national, le bilan céréalier révèle que 15 provinces sont déficitaires, 8 enregistrent un équilibre et 24 sont excédentaires. Le taux de couverture apparent des besoins céréaliers s’établit à 126,6 %, contre 111,5 % lors de la campagne 2024/2025.

Les données du ministère de l’Agriculture non publiées en ligne mais consultées par Fasocheck, indiquent la production céréalière nationale est passée de 4 189 665 tonnes en 2015 à 7 142 484 tonnes en 2025, portée principalement par le maïs (2 686 531 tonnes), le riz (1 008 737 tonnes) et le sorgho blanc (1 942 926 tonnes).

Selon un document du ministère de l’Agriculture, des Ressources animales et halieutiques consulté par Fasocheck non disponible en ligne, la production céréalière au Burkina Faso varie selon les zones agroécologiques. La zone Ouest, qui comprend notamment le Guiriko (Hauts-Bassins), le Bankui (ex-Boucle du Mouhoun) et le Tannounyan (ex-Cascades), constitue le principal bassin de production, en raison d’une pluviométrie plus favorable et de la présence de périmètres aménagés. 

Les régions du Kadiogo (ex-Centre) et du Nazinon (ex-Centre-Sud) produisent principalement du mil et du sorgho, maïs sont confrontées à une forte pression foncière. Dans le Liptako (ex-Sahel) et le Yaadga (ex-Nord), la production céréalière demeure plus faible et fortement dépendante des conditions climatiques.

Initiatives burkinabè pour l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire

Pour accroître la production agricole et réduire la dépendance aux importations, le Burkina Faso a déployé depuis 2023 plusieurs programmes structurants. L’Initiative présidentielle pour la production agricole et l’autosuffisance alimentaire (IP-P3A), lancée en mai 2023 et formalisée par décret en juillet 2024, vise notamment l’intensification des cultures de riz, blé et maraîchage, ainsi que la mobilisation du Programme alimentaire militaire du Burkina Faso (PAMBF) et de la production de défense de la Patrie contre l’insécurité alimentaire (PDPIA).

Dans ce cadre, un programme de formation agricole a été lancé en mars 2025 pour former jusqu’à 8 000 jeunes, tandis qu’en décembre 2025, plus de 3 000 Volontaires pour la Défense de la Patrie agricoles ont achevé une formation spécialisée pour appuyer la production sur le terrain.

Sur le plan matériel, l’État a procédé à des dotations. Le 6 mai 2024, des équipements et intrants d’une valeur de plus de 78 milliards FCFA ont été remis aux producteurs dans le cadre de l’Offensive agropastorale et halieutique 2023-2025 et de l’IP-P3A. Le 22 mai 2025, une nouvelle dotation de plus de 104 milliards FCFA a été remise pour la campagne 2025-2026, incluant engins agricoles, intrants végétaux et vétérinaires ainsi que des engrais.

Par ailleurs, le 6 février 2024, le Burkina Faso et la Banque africaine de développement (BAD) ont lancé le Projet d’urgence pour le renforcement de la production agricole au Burkina Faso (PURPA-BF), un projet d’urgence destiné à augmenter la production de maïs, riz, soja, niébé, sorgho et blé, afin de renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle du pays.

Journaliste : Dô dit Drissa DAO

Email : dodao@fasocheck.org

Editeur : Jordan Lévi Ange MEDA

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