Affirmation

Une vidéo publiée sur TikTok affirme que le Burkina Faso produit localement environ 51 % de son énergie, tout en dépendant du Ghana comme principal fournisseur à hauteur de 41 %, suivi de la Côte d’Ivoire (7 %) et du Togo (0,3 %).

Auteur
MIKA
Verdict
Vrai
Globalement correct, mais uniquement pour l’année 2024. Les quantités d’énergies importées et produites localement fluctuent selon les années.


Depuis la mi-mars 2026, des localités du Burkina Faso connaissent des délestages. Dans ce contexte, une vidéo virale sur TikTok affirme que le pays produit localement 51 % de son énergie et dépend du Ghana à hauteur de 41 %, de la Côte d’Ivoire (7 %) et du Togo (0,3 %). Ces données sont globalement correctes, mais uniquement pour 2024.

Une vidéo publiée le 29 mars 2026 sur TikTok par le compte MIKA affirme que le Burkina Faso produit localement environ 51 % de son énergie, tout en dépendant du Ghana comme principal fournisseur à hauteur de 41 %, suivi de la Côte d’Ivoire (7 %) et du Togo (0,3 %). La publication a cumulé plus de 12 000 mentions likes, 198 commentaires et 238 partages au 1er   avril 2026. Ces chiffres sont-ils réellement exacts ? Fasocheck a vérifié. 

Capture d’écran de la vidéo

Des chiffres qui ne concernent que l’année 2024

Dans une courte vidéo de 42 secondes publiée sur TikTok, l’utilisateur MIKA affirme que le Burkina Faso assurerait environ 51 % de sa production énergétique au niveau local. Selon la même source, le pays dépendrait fortement des importations d’électricité, principalement du Ghana (41 %), suivi de la Côte d’Ivoire (7 %) et du Togo (0,3 %). Cependant, il ne cite aucun document, rapport officiel ou étude pour appuyer ces chiffres. Contacté par Fasocheck, l’auteur de la publication n’a pas encore répondu. 

Pour vérifier ces données, Fasocheck a consulté le Rapport d’activités 2024 de l’Autorité de régulation du secteur de l’énergie (ARSE). Ce document indique que la production nationale d’électricité en 2024 représentait 51 % (1 419,1 GWh) de l’énergie totale, contre 49 % pour les importations.

L’annuaire statistique de la même année (2024) du ministère de l’Energie et des mines indique quant à lui que les importations d’électricité se répartissent comme suit  : 

  • Ghana avec 1 149,2 GWh, soit 41,46 %, 
  • Côte d’Ivoire avec 200,9 GWh, soit  7,25 %
  • et le Togo avec 7,8 GWh soit 0,28 %.

Ces chiffres correspondent à quelques virgules près, à ceux avancés dans la vidéo publiée sur TikTok de MIKA.

Le GWh ou le Giga wattheure équivaut à un milliard de wattheures (1 GWh = 1 000 000 000 Wh = 1 000 MWh). Cette unité sert à mesurer la production ou la consommation d’énergie à grande échelle, par exemple la production annuelle d’un parc électrique ou la consommation d’une région.

La commande et la production d’énergie varient selon les années

La proportion d’importation de l’énergie n’est pas statique tous les ans, car, il arrive, selon le même annuaire statistique 2024 du ministère de l’Energie, que la part des importations d’énergie surpasse celle de la production nationale. Par exemple, en 2023, les importations d’électricité se sont chiffrées à environ 1 582 GWh, contre 1 135 GWh pour la production locale.

Le rapport de l’ARSE 2024 confirme également cette variabilité en projetant que les importations pourraient atteindre 1 867 GWh d’électricité, dont 1 568 GWh du Ghana, 290 GWh de la Côte d’Ivoire et 9,1 GWh du Togo. Cela représenterait 62,03 % de l’offre énergétique.

L’offre énergétique augmente, la demande aussi

Au-delà de la question de la production et des importations, l’ARSE révèle qu’en 2023, le taux d’électrification est de 87,04 % en milieu urbain contre 7,02 % en milieu rural, pour un taux national de 26,29 %.

L’institution avait aussi prévu l’arrivée de 78 807 nouveaux abonnés net sur le réseau national d’électricité, portant le nombre total d’abonnés à 1 120 269, soit une hausse de 7,57% par rapport à 2023 ; l’ARSE projetait ainsi qu’en 2024, la demande d’énergie serait 2 584 GWh soit une hausse de 9,71% par rapport à 2023.

D’après les données de l’annuaire statistique 2024 du ministère de l’Energie, le nombre total de centrales électriques en service est passé de 47 à 54 entre 2015 et 2024. On compte parmi elles 12 centrales thermiques et 02 solaires gérées par la SONABEL (la Société nationale Burkinabè d’électricité), 05 centrales hydroélectriques, et 25 centrales hybrides.

La puissance de pointe annuelle du réseau national interconnecté est passée de 244 MW en 2015 à 571 MW en 2024, soit une multiplication par 2,3 en dix ans. Les mois d’avril et mai concentrent systématiquement les niveaux de demande les plus élevés. En 2024, la pointe maximale a été enregistrée en avril à 571 MW, suivie de mai à 526 MW et de mars à 524 MW. Ces pics coïncident avec la saison chaude, période où la production hydroélectrique est réduite. L’écart entre la demande de pointe et les capacités disponibles en cette période constitue le contexte direct dans lequel ont lieu les délest ages signalés depuis mars 2026. Le 27 avril 2026, le gouvernement ghanéen a décidé de suspendre ses exportations d’énergie vers le Burkina Faso, le Bénin et le Togo suite à un incendie survenu sur une de ces centrales dans l’Est du pays. Le manque à gagner serait d’environ 720 mégawatts.

Afin de maintenir des prix accessibles à l’électricité, l’État accorde chaque année une subvention à la Société nationale d’électricité du Burkina Faso (SONABEL). Cette subvention est passée de 14,5 milliards de FCFA en 2020 à 75 milliards de FCFA en 2024, soit une augmentation de plus de 400 %. Ainsi, en 2022, le coût de revient subventionné du kilowattheure était de 125,51 F CFA contre 158,75 F CFA sans la subvention. 

Conclusion 

La déclaration selon laquelle « le Burkina Faso produit localement environ 51 % de son énergie, tout en dépendant du Ghana comme principal fournisseur à hauteur de 41 %, suivi de la Côte d’Ivoire (7 %) et du Togo (0,3 %) » est globalement correcte, mais uniquement pour l’année 2024. Si la production locale a effectivement représenté 51 % de l’énergie cette année-là, cette proportion varie selon les années et ne traduit pas une situation constante.

Journaliste : Dô dit Drissa DAO

Email : dodao@fasocheck.org   

Editeur : Jordan Lévi Ange MEDA