Affirmation

“La charte de la transition fixe la caution de l’élection présidentielle à 1 milliard de FCFA. Interdit à tout autre membre des forces de défense de prendre part en dehors du capitaine Ibrahim Traoré. "

Auteur
Hawa Sidibé Officiel
Verdict
Faux
Faux, la charte de la transition n’a pas fixé la caution de l’élection présidentielle à 1 milliard de FCFA et interdit à tout autre membre des forces de défense d’y prendre part en dehors du capitaine Ibrahim Traoré.


Depuis son adoption le 27 mars 2026 par l’Assemblée législative de transition, la nouvelle Charte de la Révolution, fait l’objet de nombreuses polémiques sur les réseaux sociaux. Plusieurs publications affirment à tort que pour l’élection présidentielle, le candidat doit verser une caution de 1 milliard FCFA pour l’élection présidentielle. Les auteurs soutiennent également qu’en dehors du président burkinabè Ibrahim Traoré, aucun autre membre des forces de défense ne peut se présenter à ce scrutin.

L’Assemblée législative du Peuple, nouvelle appellation de l’Assemblée législative de Transition, a adopté le projet de loi portant adoption de la Charte de la Révolution, le 27 mars 2026. Celle-ci comporte plusieurs innovations dont l’éligibilité du chef de l’Etat, du premier ministre et du président de l’assemblée. L’adoption de cette charte a d’ailleurs suscité plusieurs polémiques sur la toile. Sur sa publication du 27 mars 2026, la page Hawa Sidibé Officiel, qui publie régulièrement des informations sur la situation politique et sécuritaire au Sahel affirme, photo à l’appui, que la charte de la transition fixe la caution de l’élection présidentielle à  1 milliard de FCFA. Elle ajoute également qu’il est « Interdit à tout autre membre des forces de défense d’y (ndlr: à l’élection présidentielle, ) prendre part en dehors du capitaine Ibrahim Traoré». Sa publication a cumulé plus 758 likes, 212 réactions et 13 partages. Elle a été reprise par d’autres pages Facebook et Instagram (1,2,3,4). 

La nouvelle charte de la révolution prévoit-elle vraiment le paiement d’une caution d’un milliard ainsi que l’inéligibilité des forces de défense en dehors du président Ibrahim Traoré pour l’élection présidentielle ?

Fasocheck a vérifié. 

D’où vient l’image d’illustration? 

Fasocheck a effectué à une recherche inversée d’image avec de Google Lens. L’image publiée par Hawa Sidibé Officiel, montrant le capitaine Ibrahim Traoré en costume, est en réalité à une photo prise lors du Forum national de la recherche scientifique et des innovations technologiques en 2025, où il apparaissait en tenue militaire. 

L’image montrant le président en costume dans la publication est une version modifiée artificiellement. Jusqu’à ce jour, le président n’est jamais apparu publiquement en veste depuis sa prise de pouvoir en 2022.

Aucune trace d’une caution de 1 milliard FCFA pour l’élection présidentielle 

La fixation d’une prétendue caution d’un milliard pour toute candidature à l’élection présidentielle au Burkina Faso n’a pas été évoquée dans la nouvelle Charte de la Révolution. Elle ne figurait pas non plus à l’ordre du jour lors de la séance plénière consacrée à l’examen et à l’adoption du projet de loi portant Charte de la Révolution.

Lors de son entretien au cours du journal de 20H de la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB), du 27 mars 2026, le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala a donné plusieurs éclairages suite aux polémiques autour de la nouvelle charte. Il a rappelé les différentes innovations qu’elle présente, notamment la consécration juridique de la Révolution progressiste populaire (RPP), l’intégration des valeurs de défense de la patrie, d’engagement patriotique populaire et de souveraineté nationale, la suppression de la composante « partis et formations politiques » au sein de l’organe législatif avec réaffectation des sièges ainsi que la prise en compte de la nouvelle organisation du territoire nationale. En plus de la Charte de la Transition qui devient désormais la Charte de la Révolution, le Gouvernement de la Transition et de l’Assemblée législative de transition s’appellent respectivement « Gouvernement du peuple » et « Assemblée législative du peuple ».

Aucune caution financière d’un milliard pour l’élection présidentielle n’a été fixée  par la nouvelle Charte de la Révolution adoptée le 27 mars 2026 par l’Assemblée législative du peuple. Au Burkina Faso, depuis 2015, le Code électoral modifié par le Conseil national de la Transition prévoit une caution financière de  25 millions de FCFA pour la candidature à l’élection présidentielle. Elle était de 10 millions de FCFA avant cette modification. 

Eligibilité du président Ibrahim Traoré, l’autre point qui fait polémique

L’un des points ayant nourri les polémiques autour de l‘adoption de la nouvelle Charte de la Révolution concerne l’éligibilité du président Ibrahim Traoré ainsi que des membres des forces de défense. Les auteurs des publications soutiennent qu’en dehors du président, il est interdit à tout autre membre des forces de défense de prendre part à l’élection présidentielle.

Contrairement à ce que font croire les auteurs des publications, cette disposition n’est pas une innovation de la nouvelle Charte de la Révolution. Lors de son entretien à la RTB, le ministre de la Justice a expliqué qu’ elle existe déjà dans la Charte de la Transition adoptée au cours des assises nationales du 25 mai 2024. Elle stipule dans son Article 4 que le « Président de la transition est éligible aux élections présidentielle, législatives et municipales, qui seront organisées pour mettre fin à la transition.» La Charte prévoit également l’éligibilité du premier ministre et du président de l’Assemblée législative du peuple respectivement dans ses articles 9 et 17.

Cependant, la première charte de la Transition adoptée en octobre 2022, à la suite de la prise du pouvoir par le capitaine Ibrahim Traoré, excluait le président de la transition de toute candidature aux élections présidentielle, législatives et municipales organisées pour mettre à la transition.

Fasocheck n’a trouvé nulle part dans les différentes chartes modifiées, une disposition mentionnant une inéligibilité spécifique des membres des forces de défense et de sécurité aux élections présidentielle, législatives et municipales. 

Toutefois, au Burkina Faso, les conditions de candidature aux élections sont encadrées par le code électoral. Ce code n’exclut aucune candidature des membres des forces de défense et de sécurité aux élections présidentielle, législatives ou municipales.  Cependant, la loi n°038-2016/AN portant statut général des personnels des Forces armées nationales, dans son article 12, dispose qu’il interdit aux militaires d’adhérer à des groupements ou associations à caractère politique. Elle prévoit toutefois que tout militaire souhaitant s’engager en politique doit, au préalable, quitter les forces armées, soit par radiation des cadres pour les militaires de carrière, soit par résiliation de leur contrat pour ceux sous engagement.

Conclusion

La nouvelle Charte de la Révolution adoptée le 27 mars 2026 ne fixe aucune caution de 1 milliard de FCFA pour l’élection présidentielle. Elle ne contient pas non plus une disposition interdisant aux autres membres des forces de défense de se présenter, en dehors du président Ibrahim Traoré.