"Burkina Faso : Tous les étudiants universitaires recevront désormais un salaire de 100 000 CFA pour les accompagner tout au long de leurs études et jusqu'à leur insertion professionnelle sans condition de revenu ou de besoin. Il est important de noter que cette initiative est une première au Burkina Faso." Auteur : ASTV Media's
Alors que la session spéciale d’octroi d’allocation d’aides financières aux étudiants burkinabè pour l’année académique 2023-2024 a pris fin le 25 mars 2025, une publication datant du 30 mars 2025 devenue virale sur les réseaux sociaux prétend faussement que les étudiants burkinabè recevront désormais un salaire de 100 000 F CFA.
Depuis le 30 mars 2025, une information devenue virale sur les réseaux sociaux prétend que désormais au « Burkina Faso : Tous les étudiants universitaires recevront désormais un salaire de 100 000 CFA pour les accompagner tout au long de leurs études et jusqu’à leur insertion professionnelle sans condition de revenu ou de besoin. Il est important de noter que cette initiative est une première au Burkina Faso. »
Publiée par plusieurs pages Facebook, elle s’est répandue sur l’ensemble des réseaux sociaux notamment LinkedIn, X, Instagram (1), YouTube et Threads (1). Reprise le 31 mars par la page Facebook AfrikMag, à la date du 25 avril, cette information a enregistré plus de 43 000 likes, 4600 commentaires et 26 partages.
Les étudiants burkinabè recevront-ils désormais un salaire de 100 mille francs ? Fasocheck a vérifié.

Capture d’écran de la déclaration
Qu’appelle-t-on salaire ?
Selon la loi n° 028-2008/AN, régissant le droit du travail au Burkina Faso, le salaire est défini à l’article 202 comme étant la prestation versée par l’employeur au travailleur en contrepartie de son travail. Autrement dit, il s’agit de la somme que perçoit un individu, en échange de l’exécution de ses tâches professionnelles. La loi précise que le salaire est composé d’un salaire de base, et des accessoires du salaire, tels que les primes, les indemnités, l’allocation de congé payé et toute autre prestation de nature pécuniaire.
Aussi, le salaire doit être égal pour tous les travailleurs exerçant des fonctions similaires, peu importe leur sexe, leur origine ou leur âge. En cas de convention collective, le salaire est déterminé par celle-ci, sinon, il est fixé d’accord entre l’employeur et le travailleur. Le salaire minimum national est actuellement fixé par un décret de 2023 à 45 000 F CFA par mois.
Aucune décision officielle à ce sujet
Pour vérifier cette information, Fasocheck a effectué des recherches avancées sur internet avec les mots clés « étudiants burkinabè salaire de 100 000fr » et n’a trouvé aucun résultat sur les canaux officiels du gouvernement annonçant une telle décision.
Contactée, la direction de la communication et des relations avec la presse du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique a formellement démenti cette information en déclarant qu’il s’agit d’ « une fake news ». Elle rappelle que les aides financières dont bénéficient les étudiants burkinabè sont celles octroyées par le Fonds national pour l’Education et la recherche (FONER) et la direction générale du conseil à l’orientation universitaire et des bourses (DGCOB). Cette dernière, sollicitée pour plus de précisions, n’a pas répondu avant la publication de cet article.
Le “FONER” et la Bourse, les seules allocations financières des étudiants burkinabè
Le Foner, créé par décret le 15 février 1994 a pour missions de :
- contribuer au financement des études, notamment par l’octroi de prêts aux étudiants pour leurs études et pour leur formation ;
- gérer, par délégation de la commission nationale des bourses et des stages, l’aide financière accordée aux étudiants non boursiers ;
- assurer le recouvrement des prêts octroyés ;
- appuyer la réalisation des infrastructures et soutenir la recherche ;
- contribuer à équiper les établissements d’enseignement et les services ;
- participer au financement d’activités de formation continue et de perfectionnement des personnels de l’enseignement et de la recherche ;
- appuyer l’effort national d’éducation et de recherche.
Nulle part dans le décret, il n’est mentionné que le FONER verse des salaires aux étudiants burkinabè.
La direction de la communication du FONER a précisé à Fasocheck que les étudiants burkinabè bénéficient de trois types de soutien financier :
- d’abord l’ « aide » financière dont le montant est de 175 000 F CFA par an pendant les trois années de licence ;
- puis le prêt d’études qui est de 225 000 F CFA par année académique à partir de la licence;
- et enfin les prêts de frais de laboratoire qui sont de 300 000 F CFA pour les filières littéraires et 500 000 F CFA pour les filières scientifiques.
L’aide FONER, est un appui financier non remboursable accordé pour une année académique aux étudiants inscrits dans une université publique en première année licence (L1), deuxième année licence (L2) et troisième année licence (L3). Le prêt, à la différence de l’aide FONER est remboursable avec un taux d’intérêt simple de 6% après l’obtention d’un emploi permanent. Pour ce qui est de la bourse pilotée par la Direction générale du Conseil à l’Orientation universitaire et des Bourses (DGCOB) dont bénéficient les étudiants de la part de l’État, elle concerne aussi bien les études au Burkina Faso, en Afrique que dans le reste du monde. L’octroi des bourses d’études est encadré par des critères précis selon le niveau d’études.
Selon la DGCOB, la bourse de premier cycle est destinée aux nouveaux bacheliers. Pour y prétendre, le candidat doit être de nationalité burkinabè, titulaire du baccalauréat de l’année en cours ou d’un diplôme équivalent reconnu légalement, et âgé de 22 ans au plus au 31 décembre de l’année en question. Il doit également être inscrit dans un établissement d’enseignement supérieur public, provenir d’une famille à revenu modeste selon les normes en vigueur, avoir déposé un dossier complet dans les délais impartis par la Commission nationale de bourses d’études et de stages (CNBES).
La bourse intermédiaire concerne les étudiants en cours de cycle, de nationalité burkinabè, inscrits dans un établissement public d’enseignement supérieur, ayant une moyenne annuelle d’au moins 12,50/20, n’ayant pas redoublé plus d’une fois, et respectant les limites d’âge établies pour chaque niveau : 23 ans au plus pour la 2e année, 25 ans pour la 3e année et 26 ans pour la 4e année.
Enfin, les bourses de second et troisième cycles concernent également les étudiants de nationalité burkinabè, âgés d’au plus 25 ans pour le second cycle, 27 ans pour le troisième cycle et 28 ans pour les spécialisations. Ils doivent avoir une moyenne égale ou supérieure à 12/20, que ce soit pour les titulaires de DUT ou BTS, ou pour ceux détenant une maîtrise ou un DEA de l’année en cours.
Conclusion
L’information selon laquelle au Burkina Faso “tous les étudiants universitaires recevront désormais un salaire de 100 000 CFA’’ est fausse. Le Code du travail du Burkina Faso est clair : le salaire est lié à une activité professionnelle, pas aux études. Les étudiants bénéficient déjà d’allocations financières octroyées par le Fonds national pour l’Education et la recherche (FONER) et la direction générale du conseil à l’orientation universitaire et des bourses (DGCOB), mais celles-ci ne sont pas de salaires.
Rabiatou Congo
Fasocheck