Affirmation

« Les hémorragies après l’accouchement sont les premières causes de décès maternels au Burkina Faso, 30 % de ces décès étant liés à l’hémorragie du post-partum caractérisée par un saignement excessif chez la mère ».

Auteur
Page Facebook de la télévision BF 1
Verdict
Bien que les hémorragies post-partum constituent l’une des principales causes de mortalité maternelle au Burkina Faso, l’affirmation selon laquelle « 30 % des décès maternels au Burkina Faso sont liés à l’hémorragie du post-partum » est non prouvée.


Un reportage publié par la télévision BF1, le 21 janvier 2026 affirme que « les hémorragies après l’accouchement sont les premières causes de décès maternels au Burkina Faso, 30 % de ces décès étant liés à l’hémorragie du post-partum caractérisée par un saignement excessif chez la mère ». A la date du 28 janvier 2026, la vidéo a enregistré plus 58 milles vues, plus de 3 milles likes, 165 commentaires et 265 partages.  30 % de ces décès maternels sont-ils réellement liés à l’hémorragie du post-partum ? 

Fasocheck a vérifié.

Capture d’écran du reportage de la télévision BF 1

Les preuves de l’auteur

Contacté par Fasocheck, le journaliste Maxime Ilboudo, auteur du reportage diffusé sur BF1, indique que ses informations proviennent du Pr Charlemagne Ouédraogo, président de la Société des Gynécologues et Obstétriciens du Burkina (SOGOB).

Joint par WhatsApp, le Pr Ouédraogo confirme que la déclaration relayée dans le reportage émane bien de son organisation. Toutefois, aucun document statistique ou étude n’a été transmis à ce stade pour étayer formellement le chiffre avancé.

Interrogé plus en détail par Fasocheck lors d’une interview, le président de la SOGOB maintient sa position. Selon lui, « les hémorragies du post-partum constituent la première cause directe de décès maternel. C’est la première préoccupation lorsqu’on parle de mortalité maternelle au Burkina Faso. La situation est comparable dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne ».

Concernant la proportion avancée, il affirme que « le chiffre de 30 % de décès liés à l’hémorragie du post-partum reste d’actualité au Burkina Faso ». Selon lui, ce chiffre figure dans différentes enquêtes hospitalières, des études de cohorte ainsi que dans les données de l’Enquête Démographique et de Santé du Burkina Faso (EDSBF-V). 

Suite à nos relances, le Pr Charlemagne Ouédraogo a adressé à Fasocheck une dizaine de références (1, 2, 3,4,5,6, 7,9, 10, 11 ) qu’il présente comme confirmant le chiffre de 30 %. Toutefois, l’analyse de ces références montre qu’il s’agit principalement d’études internationales ou de revues portant sur les causes de mortalité maternelle à l’échelle mondiale. Si certaines estiment la part des hémorragies autour de 27 % des décès maternels, aucune ne fournit de données nationales établissant que 30 % des décès maternels au Burkina Faso seraient imputables à l’hémorragie du post-partum. 

Fasocheck a également reçu du Pr Charlemagne Ouédraogo un document de plaidoyer de la  Société des Gynécologues et Obstétriciens du Burkina (SOGOB)  intitulée “ Éliminer les décès maternels évitables liés à l’hémorragie du post-partum (HPP) au Burkina Faso : un impératif de santé publique et développement socio-économique”. Selon ce document,   “au niveau global, environ ¾ dés décès maternels sont liés aux causés directes parmi lesquelles cinq constituent lés principales causés dé décès : l’hémorragie (27%)” (P6). 

Capture d’écran de la couverture du document de plaidoyer de la SOGOB

 L’hémorragie du postpartum, c’est quoi ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’hémorragie du post-partum constitue la première cause de mortalité maternelle dans le monde, représentant environ 27 % des décès maternels au niveau global. L’hémorragie du post‑partum (HPP) désigne un saignement excessif survenant après un accouchement, généralement défini comme une perte de sang supérieure ou égale 500 ml dans les 24 heures suivant la naissance.

Elle peut survenir brutalement et est le plus souvent liée à une absence de contraction efficace de l’utérus (atonie utérine), mais aussi à des déchirures, une rétention placentaire ou des troubles de la coagulation.

Interrogé par Fasocheck, le Pr Ouédraogo souligne qu’il ne faut pas adopter une approche strictement basée sur les facteurs de risque. « Toutes les femmes sont susceptibles de saigner après leur accouchement. », a-t-il alerté. Il évoque toutefois plusieurs situations pouvant accroître la probabilité d’hémorragie, notamment un gros bébé, les antécédents de césariennes, le placenta bas inséré, les fibromes utérins ou les lésions génitales. 

Dr Herman Ouattara, gynécologue-obstétricien, explique que l’hémorragie du post-partum peut être regroupée en quatre grandes causes. La première, précise-t-il, est l’absence de rétraction de l’utérus après l’accouchement.  La deuxième cause est la rétention de débris placentaires. « Le placenta ou les membranes peuvent être retenus dans la cavité utérine et entraîner des saignements », mentionne-t-il.  La troisième cause, explique le spécialiste, est liée aux déchirures ou ruptures pouvant toucher l’utérus, le col, le vagin ou la vulve et provoquer des saignements importants. La quatrième concerne les troubles de la coagulation, certaines femmes ne parvenant pas à coaguler normalement en raison de maladies ou de produits qu’elles prennent. 

De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle que l’hémorragie du post-partum peut survenir brutalement, souvent dans les 24 heures suivant l’accouchement, et qu’elle est fréquemment liée à une atonie utérine (absence de contraction efficace de l’utérus après la délivrance), mais aussi à des déchirures, des troubles de la coagulation ou une rétention placentaire.  L’organisation onusienne recommande notamment l’administration systématique d’un utérotonique en première intention l’ocytocine immédiatement après la naissance.
Le spécialiste rappelle toutefois que ce médicament est thermosensible, ce qui peut réduire son efficacité en l’absence d’une chaîne de froid fiable.

Que disent les chiffres officiels sur la mortalité maternelle au Burkina ?

Selon l’Enquête Démographique et de Santé du Burkina Faso (EDS), publiée en août 2023 par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie, le rapport de mortalité maternelle est estimé à 198 décès pour 100 000 naissances vivantes.   Cela signifie qu’au Burkina Faso environ 2 femmes sur 1 000 qui accouchent décèdent pendant la grossesse, l’accouchement ou dans les 42 jours suivant la fin de la grossesse.

Cependant, l’EDS ne détaille pas la répartition des décès par cause. Ces données publiées ne permettent donc pas de déterminer la part spécifique imputable à l’hémorragie du post-partum. L’EDS est un sondage national, pas une étude clinique réalisée sur un échantillon représentatif de ménages couvrant les régions, les zones urbaines et rurales. Dans ce sondage, 13 251 ménages composés de 17 659 femmes et de 7 720 hommes ont été interrogés, avec des taux de participation supérieurs à 97 %.

Fasocheck a sollicité auprès du ministère de la Santé  des données permettant afin de vérifier la part des décès maternels liés à l’hémorragie du post-partum. À ce jour, malgré plusieurs relances, aucune réponse n’a été reçue.

Capture d’écran de la quatrième de couverture de EDS

L’Annuaire statistique 2024 du ministère de la Santé, publié en avril 2025, indique pour sa part que le taux de mortalité maternelle intra-hospitalière s’élevait à 136,4 décès pour 100 000 parturientes en 2024, sans toutefois préciser la proportion imputable à l’hémorragie du post-partum. 

Que disent les études hospitalières sur la part des hémorragies ?

Des études scientifiques réalisées au Burkina Faso permettent d’apporter un éclairage complémentaire.

  • L’étude intitulée « épidémiologie des hémorragies du post-partum immédiat dans le département de gynécologie-obstétrique du centre hospitalier universitaire de Bogodogo (CHU-B) Ouagadougou, Burkina Faso » publiée en 2024 rapporte un taux de mortalité maternelle de 1,7 % parmi les patientes ayant présenté une hémorragie post-partum. Ce chiffre correspond à 2 décès sur un total de 120 cas d’hémorragie recensés durant la période d’étude du 1er janvier au 30 juin 2018.
  • Une autre étude intitulée « Mortalité maternelle dans les services de gynécologie obstétrique des formations sanitaires publiques de la région du centre, au Burkina Faso du 1er janvier 2022 au 31 décembre 2022 » publiée en 2025 rapporte que les hémorragies post-partum immédiates représentent 14,5 % des causes de décès maternels. Ce chiffre correspond à 22 décès sur un total de 152 cas de décès maternels analysés durant la période d’étude allant du 1er janvier au 31 décembre 2022 dans les services de maternité des différentes formations sanitaires publiques de référence de la région du Centre. En incluant les décès liés au placenta praevia hémorragique (3 cas, soit 2 %), la part totale des hémorragies dans la mortalité maternelle s’élève à 16,5 %. Ces chiffres restent nettement inférieurs aux 30 % avancés dans le reportage. De plus, ils ne concernent que des centres hospitaliers spécifiques et ne peuvent être automatiquement extrapolés à l’ensemble du pays.

Conclusion

S’il est vrai que les hémorragies du post-partum constituent l’une des principales causes de mortalité maternelle au Burkina Faso, l’affirmation selon laquelle « 30 % des décès maternels au Burkina Faso sont liés à l’hémorragie du post-partum » est non prouvée. Une étude hospitalière publiée en 2025 situe la proportion observée entre 14,5 % et 16,5 % dans les hôpitaux publics de la région du Kadiogo (ex-Centre), soit environ la moitié du chiffre avancé.

Journaliste : Dô dit Drissa DAO

Email : dodao@fasocheck.org 

Editeur : Jordan Lévi Ange MEDA