Pourquoi le Burkina Faso affiche un excédent commercial de 218,8 milliards de FCFA en février 2025 ?

Le 28 mars 2025, le quotidien d’Etat Sidwaya publiait sur sa page Facebook que le “Burkina Faso a exporté en février 2025, 838,3 milliards FCFA de biens et importé 619,5 milliards FCFA” et le “pays a enregistré une balance commerciale excédentaire, l’excédent représentant 218,8 milliards de FCFA”. Cette information a été largement relayée (1, 2, 3, 4 ) sur le réseau social Facebook, drainant avec elle des vagues d’incompréhension. Qu’est-ce qu’une balance commerciale excédentaire ? Quels sont les facteurs qui y ont contribué ? Est-ce la première fois que l’économie Burkinabè enregistre de telles performances ? Dans cette fiche d’informations, Fasocheck propose des éléments de réponse.

 

Qu’est-ce que la balance commerciale ? 

Selon l’alphabet économique de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest  (BCEAO), la balance commerciale représente la différence entre la valeur des exportations et des importations de biens d’un pays. “Si la valeur des exportations dépasse celle des importations, on dit qu’il y a excédent commercial ou que la balance commerciale est excédentaire. Si les importations sont supérieures aux exportations, le pays a un déficit commercial ou sa balance commerciale est déficitaire”, lit-on dans le lexique.

                 Capture d’écran de la note DGEP

Au Burkina Faso, la note de conjoncture économique N°144 – édition de mars 2025 non disponible en ligne – de la Direction générale de l’économie et de la planification affiche une balance commerciale excédentaire en février 2025.  Selon cette note « à la fin février 2025, la balance commerciale affiche un excédent de 218,8 milliards de FCFA, en progression de 234,7 milliards de FCFA par rapport à la même période en 2024 ».

 

Quels facteurs ont contribué à l’excédent  ?

L’excédent commercial de 218,8 milliards de FCFA enregistré par le pays en février 2025, s’explique par deux facteurs principaux, selon la Direction générale de l’Économie et de la Planification auteure du document :

  • Premièrement, les exportations ont connu une hausse de 50,2%, portée essentiellement par les ventes d’or brut qui ont augmenté de 85,4%. Cette performance s’explique à la fois par la flambée des cours mondiaux de l’or (+43% sur un an pour atteindre 2 896,7 USD l’once) et par une production stable (9,170 tonnes fin février 2025).
  • Deuxièmement, les importations n’ont progressé que de 45,5% par rapport à fin février 2024, avec une baisse de 7,7% des achats de produits pétroliers (hors brut), favorisée par la chute des cours du baril (-10,3% sur un an).

 

Dans sa note de mars 2025, la DGEP rappelle que les exportations du Burkina  Faso reposent sur le secteur minier. En fin février 2025, l’or représente 87,5% du total des exportations contre 70,9% pour la même période en 2024.

Après l’or, ce sont les produits primaires et les produits transformés qui pèsent dans la balance avec respectivement 9,9% et 2,6% des exportations. Les produits primaires sont l’agriculture, l’élevage, la pêche, et l’agriculture Industrielle et d’exportation  (coton, graines de coton, graines d’oléagineux autres que les graines de coton, d’arachides et de karité et les noix de cajou). 

A l’importation, les biens de consommation (produits alimentaires, produits pharmaceutiques et pétroliers autres que pétrole brut) valent 65% en fin février 2025, mais leur part recule par rapport à l’année précédente (69,5%). Ils sont suivis des  biens d’équipement (électriques et mécaniques). 

 

Source : DGEP, Note de Conjoncture Économique, mars 2025 (p. 18)

 

Est-ce nouveau ?

Ce n’est pas la première fois que la balance commerciale du Burkina Faso est déclarée excédentaire. Dans sa note trimestrielle sur les statistiques du commerce extérieur du deuxième trimestre 2024 publié en juillet 2024, l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) indiquait que « structurellement déficitaire, la balance commerciale a cependant enregistré un excédent en 2020 et en 2021, dû notamment aux effets des mesures prises pour lutter contre la Covid19, qui ont entraîné une contraction des importations ».

 

La Suisse, premier partenaire commercial du Burkina en 2023, devant la Côte d’Ivoire et la Chine

En 2023, la Suisse était le principal partenaire commercial du Burkina Faso, avec 29,2% des échanges totaux, selon le rapport 2024 de l’Agence pour la promotion des exportations (APEX) du Burkina. La Côte d’Ivoire arrive en deuxième position (9,2%), devant la Chine (8,0%) et la Russie (5,1%).

Source : Rapport sur la situation des filières porteuses de la SNE, édition 2024 , p.12

Toujours selon ce rapport de l’APEX, en 2023, l’or non monétaire a demeuré le pilier des exportations burkinabè, représentant 78,6% (2 129,8 milliards FCFA) de la valeur totale, suivi par le coton (5,7%, soit 154,9 milliards FCFA).  Pour l’APEX, le fait que ces deux produits (or, coton) constituent 84,3% des recettes d’exportations “témoigne d’une diversification encore limitée des exportations au Burkina Faso”

Si les exportations d’or ont progressé de 1,5% en 2023 après une contraction de 3,3% en 2022, celles du coton ont chuté de 47,6% en 2023 après une hausse de 17,4% en 2022. Parmi les dix premiers produits exportés, note le rapport, les graines de karité ont connu une hausse 49,1% en 2023 contre 33% en 2022 et les tourteaux (7,1% en 2023 contre 6,4% en 2022).

Par contre, la noix de cajou (avec et sans coques) a baissé de 11,5% en 2023 contre 13,4% en 2022. Il en est de même pour les graines de sésame (35% en 2023 contre 41,9% en 2022) et les mangues (16,8% en 2023 contre 22,1% en 2022).

 

Source : Rapport sur la situation des filières porteuses de la SNE, édition 2024, p.13

 

Dô DAO

Email: dodao@fasocheck.org

X (Twitter) :  @DaondorolaDo

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