Affirmation

« Le fonctionnaire burkinabè a au moins 5 à 6 mois de repos dans l’année. » Adama Tiendrébéogo membre de  l’Assemblée législative de transition.

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Exagéré. Le fonctionnaire, tout comme le travailleur du privé, a  droit à 154 jours de repos soit 5,1 mois et non 6 mois. Le député ne tient pas compte des heures supplémentaires réalisées par des fonctionnaires et des congés annuels non consommés.

 

«Le fonctionnaire burkinabè a au moins 5 à 6 mois de repos dans l’année. Si on fait la somme des deux jours par semaine, un mois de congé, les retards cumulés, ça tourne autour de ça», a déclaré Adama Tiendrébéogo membre de  l’Assemblée législative de transition, le 4 avril 2022, lors de la présentation de la feuille de route de la Transition (2022-2025) par le Premier ministre Albert Ouédraogo.

Relayés par  certains médias dont l’Agence d’information du Burkina (AIB), ces propos ont suscité une vive polémique.

 

 

Quelles sont les preuves d’Adama Tiendrébéogo ?

 

Contacté par Fasocheck, le député Adama Tiendrébéogo admet avoir tenu ces propos. Comme preuve de ses affirmations, Adama Tiendrebéogo a transmis à Fasocheck  par WhatsApp, un texte qu’il affirme avoir lui-même reçu d’un de ses proches.

 

Ce texte dont on ignore l’origine, prétend que le « fonctionnaire burkinabè a légalement droit à 160 jours de non travail dans l’année » soit « 05 mois et 10 jours», répartis comme suit :

 

- 09 jours fériés  pour les fêtes religieuses ;

- 07 jours fériés consacrés aux célébrations de l’Etat ;

- 30 jours de congés ;

- 10 jours d’absence autorisée ;

- Et 104 jours pour les samedis et dimanches.

 

Capture d’écran du texte reçu d’Adama Tiendrebeogo

 

Dans le texte d’Adama Tiendrébéogo, le nombre cumulé de jours de repos du fonctionnaire peut s’étendre jusqu’à 170 jours car explique-t-il, lorsqu’une fête tombe sur un dimanche, il est admis que le lundi suivant est férié.

«Si vous faites la somme (…), même si ça ne tombe pas à 160 jours, l’écart, si c’est beaucoup, c’est deux jours. Ce qui veut dire que les 05 mois-là, ça il y a pas de débat», a argumenté Adama Tiendrebéogo.

 

Le fonctionnaire burkinabè se repose-t-il réellement cinq à six mois dans l’année ?

 

Au Burkina Faso, une loi sur les fêtes légales et événements à caractère historique reconnait officiellement 15 fêtes au lieu de 16. Cette loi ne reconnaît pas la Pentecôte, comme un jour chômé, contrairement à ce que mentionne le texte fourni par Adama Tiendrébéogo. Toutefois, dans les faits, on compte 16 jours en tenant compte du lundi de Pâques.

 

Selon Souleymane Zoromé, secrétaire général du syndicat des gestionnaires des ressources humaines, un jour férié est la commémoration d’une journée à caractère culturelle ou religieuse. Les jours chômés eux, sont des « célébrations de dates historiques en mémoire à un passé heureux ou douloureux propre à un pays » a-t-il ajouté.

 

Au Burkina Faso un décret présidentiel fixe le volume horaire de travail dans l’administration publique à 8 heures par jour du lundi au vendredi (5 jours) soit 260 jours ou 8,7 mois de travail. Les 104 jours restant représentant 3,5 mois, sont composés des samedis et des dimanches qui sont des jours de repos légaux.

 

Mais de ces 260 jours de travail sont déduits 50 jours prévus par la loi régissant la fonction publique à savoir :

 

- 30 jours de congés annuels prévus ;

- 10 jours maximum d’absence autorisée non déductible du congé annuel ;

- 10 autres jours maximum pour les fonctionnaires prenant part aux concours et examens.

 

En soustrayant les 50 jours de congés et d’absences autorisées auxquels peut prétendre un fonctionnaire, il ne travaillera que 210 jours soit 7 mois dans l’année. Le fonctionnaire a donc 154 jours de repos légaux soit 5 mois alors qu’Adama Tiendrebéogo lui, annonce 5 à 6 mois de repos.

 

La femme fonctionnaire quant à elle a droit, en plus de son congé annuel et des autres jours de repos et d’absence légaux (5 mois), à un congé de maternité d’une « durée totale de quatorze semaines», soit 98 jours ou 3,2 mois. En cumulant le tout, on obtient 8,2 mois non travaillé. Mais ce cas de figure, ne concerne pas annuellement l’ensemble des femmes fonctionnaires, encore moins tout le personnel de l’administration publique.

 

Selon le dernier annuaire statistique validé du ministère de la Fonction publique publié en 2018, le Burkina Faso comptait 196 077 agents dont seulement 67 040 femmes (34,2%).

 

Lire aussi : 52% des fonctionnaires de l’État burkinabè sont-ils concentrés à Ouagadougou ?

 

Nécessaire repos

 

Les jours de repos légaux ont été institués pour préserver la santé physique et mentale des travailleurs et à prévenir les risques professionnels, a déclaré à Fasocheck, Séni Pama, inspecteur du Travail.

 

Docteur Souka Gaston Kaboré, médecin du Travail au centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo a expliqué à Fasocheck que le repos fait partie des « besoins physiologiques et sociaux car l’homme a besoin de sommeil et de socialiser en dehors du travail ».

 

Et « travailler sans repos ou de nuit a des conséquences sur la santé des travailleurs, dont le stress et tout ce qui en découle : une perte de vigilance pouvant conduire à des accidents de travail, le suicide, les problèmes digestifs, les troubles du sommeil et les maladies cardio-vasculaires » a-t-il détaillé.

 

Les congés favorisent la performance du travailleur selon le docteur Souka Gaston Kaboré. « Cela évite l’absentéisme pour raison de maladie et le présentéisme qui renvoie au fait que le travailleur est physiquement présent au poste sans toutefois être productif ».

 

Si les congés sont un droit, « beaucoup de fonctionnaires n’utilisent pas ces repos et font même des heures supplémentaires qui ne sont pourtant pas toujours payées par l’administration publique burkinabè » a nuancé pour sa part Séni Pama.

 

Les travailleurs du secteur privé sont soumis au même code du travail que les fonctionnaires et bénéficient des mêmes jours de repos et congés légaux. Ces jours de repos et congés légaux font d’ailleurs partie des conventions 14 et 134 de l’Organisation internationale du travail (OIT) ratifiées par le Burkina Faso, a expliqué Souleyman Zoromé.

 

Fasocheck n’a pas trouvé d’études relatives à la consommation des congés par les fonctionnaires burkinabè.

 

Conclusion 

 

La déclaration du député Adama Tiendrébéogo selon laquelle «le fonctionnaire burkinabè a au moins cinq à six mois de repos dans l’année» est exagérée. Elle est globalement correcte dans l’absolu. Mais dans les faits, le député ne tient pas compte des heures supplémentaires réalisées par des fonctionnaires et occulte le fait que des fonctionnaires ne jouissent pas toujours de leurs droits à des congés annuels ou encore ne consomment pas de l’entièreté des 30 jours de congés auxquels ils ont droit. Par ailleurs, en se focalisant sur les fonctionnaires, le député feint oublier que les jours fériés sont pour l’ensemble des travailleurs et non exclusivement les fonctionnaires. Le fonctionnaire burkinabè travaille annuellement pendant 210 jours à raison de 40h de travail hebdomadaire. Le cumul des week-ends, des jours chômés et des congés annuels est de 154 jours soit  5 mois et non 6.

 

 

Checkeur :

Tilado Appolinaire Abga

Editeurs :

Boureima Salouka

Jordan Méda 

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