Affirmation

Selon The Borgen Project, le marché des produits éclaircissants en Afrique s’élève à 31,6 milliards de dollars. Farida Bemba Nabourema, activiste des droits de l’Homme

Résultats

Trompeur. Il s’agit plutôt de projections sur le développement probable en 2024 du marché mondial des produits éclaircissants, estimé à 31,2 milliards de dollars US.

Gulshan Khan/Agence France-Presse — Getty Images

 

Dans une publication sur sa page Facebook le 27 novembre 2021, Farida Bemba Nabourema, blogueuse togolaise et militante des droits de l’Homme  a déclaré que : « selon l’organisation The Borgen Project, le marché des produits éclaircissants en Afrique s’élève à 31,6 milliards de dollars (plus de 18 mille milliards de FCFA) l’année c’est à dire 10 fois le PIB de la Sierra Leone».

 

 

                Capture d'écran de la publication de Farida Bemba Nabouréma 

 

Sa publication a été largement partagée sur les réseaux sociaux notamment au Burkina Faso par des personnes très suivies comme le Dr Nestorine Sangare, spécialiste des questions de genre et ancienne ministre de la Femme sous le président Blaise Compaoré de  2011à 2014.

 

               Capture d'écran de la publication de Nestaurine Sangaré

 

Le marché des produits éclaircissants en Afrique s’élève-t-il vraiment à 31,6 milliards de dollars par an ?

 

Nabourema a attribué ce chiffre à The Borgen Project, une organisation américaine fondée en 2003 qui lutte contre la pauvreté.

 

Fasocheck a consulté le site de The  Borgen Project où  dans un article publié le 11 septembre 2020 et consacré au blanchiment de la peau en Afrique, soutient effectivement que : « Les tendances du marché prévoient que ces produits de blanchiment, dont beaucoup contiennent du mercure, feront 31,2 milliards de dollars de bénéfices d'ici 2024.»

 

The Borgen Project tient ses chiffres d’un autre article publié le 5 mars 2020 sur le site de l’édition anglaise du The Conversation. Rédigé par Lynn M. Thomas, professeure d’histoire à l’Université de Washington, l’article de The Conversation n’indique cependant pas la source des prévisions avancées quant au développement du marché des produits éclaircissants.

 

D’où vient alors le chiffre de 31,2 milliards de dollars ?

 

Dans un bulletin d’information de 2011 et actualisé en 2019, consacré aux dangers liés au mercure utilisé pour la fabrication des produits éclaircissants, le  département de santé publique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), indiquait aussi le même chiffre. 

 

L’OMS se réfère à une étude anthropologique publiée en 2018 par Shroff Hemal de l’Université de Mumbaï, Diedrichs Philippa  et Craddock Nadia du Centre for Appearance Research, University of the West of England-Bristol. 

       

Ces trois chercheures elles-mêmes ont indiqué avoir tiré leurs chiffres d’une note de 2017 consacrée au marché mondial des produits éclaircissants du Global Industry Analysts, une agence internationale d’étude de marché, qui chaque année émet un rapport sur les tendances mondiales du marché de la cosmétique.

 

L’édition 2017 du rapport de Global Industry Analysts n’est plus disponible sur le site de l’organisation. Fasocheck l’a retrouvé grâce à l’outil Wayback Machine qui permet de consulter les archives web des sites. 

 

            Capture d'écran de l'apperçu donné par Wayback Machine

 

Pour son édition de 2017, Global Industry Analysts prévoyait que «le marché mondial des éclaircissants pour la peau devrait atteindre 31.2 milliards de dollars américains d’ici 2024». Cette projection, précisait-il, s’expliquait par « la stigmatisation de la peau foncée encore très répandue et de la perception culturelle rigide qui associe un teint plus clair à la beauté, au raffinement culturel et à la réussite personnelle dans plusieurs communautés d'Asie, du Moyen-Orient et d'Afrique ».

 

De toutes les régions du monde concernées par le blanchiment de la peau, Global Industry Analysts dans son rapport 2017, a estimé que l'Asie-Pacifique représente le marché le plus important et est celui qui connaît la croissance la plus rapide au niveau mondial, avec un taux de croissance annuel composé (TCAC)  de 10,5 % sur la période analysée.

 

Selon le blog spécialisé Investirsorcier.com, le taux de croissance annuel composé (TCAC) est le taux de rendement qui serait nécessaire pour qu’un investissement croisse de son solde initial à son solde finale.

 

En 2022, Global Industry Analysts a estimé à  8,8 milliards de dollars US  le marché mondial des produits éclaircissants. L’agence prévoit également que ce marché des produits éclaircissants pourrait augmenter de 3 milliards de dollars US d’ici 2026 pour atteindre 11,8 milliards.

 

Comparées aux projections de 2017, l’on observe une baisse drastique de 19,4 milliards de dollars US que Global Industry Analysts explique par les effets de la pandémie de l Covid-19.

 

Quelle est la prévalence de la dépigmentation en Afrique ?

 

L'éclaircissement ou blanchiment  de la peau, indique  Global Industry Analytics, fait référence à un ensemble de techniques cosmétiques utilisées pour blanchir la peau à l’aide des savons, des lotions, des crèmes et des pilules.

 

Il n’existe pas de chiffres fiables sur la prévalence de la dépigmentation en Afrique. Selon un article de Afrique Renouveau publié en avril 2019, « 40% des femmes africaines blanchissent leur peau. Dans certains pays, le chiffre est plus élevé : 77 % des femmes au Nigeria, 59 % au Togo, 35 % en Afrique du Sud, 27 % au Sénégal et 25 % au Mali utilisent des produits éclaircissants pour la peau ».

 

Mais ces statistiques ont été vérifiées et  nuancées par Africa Check, organisme africain de fact-checking, qui a conclu qu’elles ne reposent sur aucune donnée fiable.

 

Fasocheck a consulté le résumé une méta-analyse réalisée en juin 2018 par le Journal International de Dermatologie sur la dépigmentation en Afrique. Elle soutient que le taux de prévalence de la dépigmentation en Afrique était de 27% en 2018. Une méta-analyse est une compilation des recherches scientifiques publiées sur un sujet afin d’en établir une conclusion statistique valide.

 

Les données utilisées par le Journal international de dermatologie ne sont elles-mêmes pas issues  d’enquêtes nationales. Elles se fondent  sur des études réalisées dans des villes, des communes, des universités ou des centres commerciaux.

 

Conclusion

 

  • Alors que Nabourema a avancé le montant de 31,6 milliards de dollars, The Borgen Project, qui lui-même n’est pas l’auteur de ces chiffres,  fait plutôt cas, à propos du marché des produits éclaircissants, de 31,2 milliards de dollars, soit 400 000 dollars de moins que le montant que lui a prêté l’activiste.

 

  • Les 31,2 milliards de dollars US sont une projection faite en 2017 par le Global Industry Analysts sur l’évolution potentielle du marché mondial des produits éclaircissants en 2024 et non la valeur annuelle de ce marché en Afrique en 2021, comme l’a fait croire l’activiste.

 

  • Le Global Industry Analysts a revu sa projection de 2017 sur l’évolution potentielle du marché mondial des produits éclaircissants à la baisse dans son édition de 2022. D’ici à 2026, l’agence prévoit une évolution.

 

  • Donc… Farida Bemba Nabourema s’est trompée.

 

Fact-checkeuses

Rabiatou Simporé (Carrefour Africain)

Mariam Bagayogo (Etudiante en journalisme)

Superviseur

Jordan Meda (Fasocheck)

Editeurs

Boureima Salouka (Fasocheck)

Hyacinthe Sanou (Fasocheck)

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