À 63 ans, Kate Mulvey, journaliste britannique, regrette profondément les choix de sa vie. Convaincue pendant des décennies que le féminisme radical la rendait plus forte, elle admet aujourd’hui que cette vision lui a surtout coûté l’amour et la sérénité...
Des propos largement distillés sur les réseaux et devenus viraux entre fin octobre et mi-novembre 2025 soutiennent qu’une journaliste britannique de 63 ans, Kate Mulvey aurait regretté son engagement féministe. Selon les auteurs de ces publications, la journaliste aurait affirmé que le féminisme a ruiné sa vie en l’empêchant non seulement de se marier, mais aussi d’avoir un enfant.
Le 30 octobre 2025, la page Facebook dénommée Le Tribunal du Net publiait, photo à l’appui, un post viral dont les propos sont attribués à la journaliste britannique Kate Mulvey. Selon cette plateforme qui cumule plus de 3,8 millions de followers, la journaliste aurait affirmé qu’à 63 ans, elle regrettait certains choix de sa vie, dont son engagement pour le féminisme depuis son jeune âge.“Convaincue pendant des décennies que le féminisme radical la rendait plus forte, elle admet aujourd’hui que cette vision lui a surtout coûté l’amour et la sérénité. Jamais mariée, sans enfants, elle confie avoir passé sa vie à rabaisser les hommes qu’elle rencontrait, persuadée que le mariage et la vie de couple étaient une forme de soumission ”, a écrit cette page Facebook. Selon les auteurs de ce post, Kate Mulvey qui a rejoint le mouvement de libération des femmes en Grande-Bretagne à l’âge de 17 ans, aurait admis, à 63 ans, s’être trompée, consciente que son idéologie l’a isolée.
Ces propos ont été largement commentés sur les réseaux sociaux [ 1; 2; 3; 4 ], certains internautes doutant non seulement de leur crédibilité mais également de leur authenticité. A la date du 24 octobre 2025, le post a d’ailleurs récolté plus de 2500 likes, 1300 commentaires et 631 partages. Si cette déclaration a enflammé la toile, c’est en partie dû au fait que le féminisme, parfois incompris et rejeté par une certaine opinion, fait l’objet de violentes critiques de la part de ses détracteurs.
La journaliste britannique, Kate Mulvey, a-t-elle vraiment tenu de tels propos ? Face aux polémiques soulevées par ces déclarations, Fasocheck a vérifié.
Qui est Kate Mulvey ?
Kate Mulvey est une journaliste et écrivaine britannique indépendante spécialisée dans les sujets de société et les récits de vie personnels. Elle signe régulièrement des chroniques introspectives centrées sur les relations humaines, le vieillissement, la solitude ou les tensions entre les idéaux féministes et l’expérience personnelle, comme l’indique son profil Muck Rack, une plateforme britannique en ligne qui recense les journalistes professionnels accrédités ainsi que leurs articles et les organes de presse avec lesquels ils collaborent.
A 63 ans, Kate Mulvey collabore avec plusieurs titres de la presse britannique. Elle a publié des articles dans The Times, The i Paper, The Sunday Times, The Daily Telegraph, The Daily Mail, The Daily Express, ainsi que dans des magazines féminins tels que She and Red. Elle s’est également illustrée comme animatrice et comme co-auteure d’ouvrages consacrés à l’histoire de la mode et de la beauté, dont Decades of Beauty (1998), Key Moments in Fashion (1998) et Vintage Fashion (2006).
Les propos attribués à Kate Mulvey à propos du féminisme sont bien authentiques
Les déclarations largement diffusées sur les réseaux sociaux et attribuées à la journaliste britannique sont bien authentiques. Les recherches menées par Fasocheck ont permis de retrouver la version originale de l’article publié le 7 mars 2025 par The i Paper, un quotidien britannique lancé le 26 octobre 2010 et avec lequel elle collabore et y publie régulièrement ses écrits. L’article (lien archivé ici) signé par la journaliste Kate Mulvey est intitulé en anglais “I regret having belittled men; at 63, I find myself alone” [ traduction française: “ Je regrette d’avoir dénigré les hommes ; à 63 ans, je me retrouve seule ” ]. Il a même été partagé par le média sur le réseau social X.
Contactée par Fasocheck via son adresse électronique, la journaliste indépendante, Kate Mulvey, a confirmé être l’auteure de ces écrits relayés par la page Le Tribunal du Net. Elle a néanmoins indiqué avoir légèrement ajusté son texte en ligne pour en nuancer certains passages qu’elle jugeait trop négatifs. “La version de l’article disponible actuellement sur The i Paper est la mienne. Je l’ai légèrement modifié car il était un peu trop négatif et ne reflétait pas fidèlement ce que je ressens”, a-t-elle confirmé à Fasocheck. Cette version a été mise à jour le 7 mars 2025 à 8h10, soit deux heures après la publication initiale effectuée à 6h. Malgré cette nouvelle mise à jour, aucune déformation majeure n’a été observée entre le texte original écrit par Kate Mulvey, et les récits relayés sur les réseaux sociaux, même s’ils ont été synthétisés et souvent reformulés par certaines pages.
De quoi parle concrètement l’article de Kate ?
Dans sa chronique, comme dans les autres qu’elle a publiées, Kate Mulvey dresse un bilan intime et critique de ses choix de vie, de son rapport au féminisme et à sa vie sentimentale.
Les propos largement relayés sur les réseaux sociaux, où elle affirme que sa vision radicale du féminisme l’aurait isolée et aurait contribué à l’échec de sa vie amoureuse, sont conformes à ce qu’elle exprime dans son récit. “Je suis convaincue que si, à 63 ans, je continue de réserver une table pour une personne au lieu de m’être installée avec un partenaire, c’est parce que, comme tant de femmes de ma génération, le féminisme a ruiné ma vie amoureuse”, écrit Kate Mulvey dans son article.
Célibataire et sans enfant, elle explique avoir découvert le mouvement de libération des femmes à 17 ans, lorsqu’elle était élève à Godolphin and Latymer, l’un des établissements académiques de Grande-Bretagne.
C’est quoi le féminisme ?
Selon ONU Femmes, l’organisation mondiale créée au sein de l’Organisations des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, le féminisme est un mouvement qui appelle à l’égalité des droits sociaux, politiques, juridiques et économiques entre les femmes et les hommes.

Extrait de la définition et de l’histoire du féminisme par ONU femmes
La première évocation documentée de ce mot remonte, selon l’organisation, à 1837 en France, lorsque le socialiste Charles Fourier emploie le terme « féminisme » pour décrire la libération des femmes dans un avenir utopique. Associé au début au droit de vote des femmes, il évolue ensuite pour revêtir une signification plus profonde, notamment le « féminisme intersectionnel » qui attire l’attention sur les autres formes de discrimination auxquelles les femmes sont également confrontées, sur la base de facteurs divers tels que la race, la classe, l’appartenance ethnique, la religion et l’orientation sexuelle.
Depuis son avènement, le féminisme est très souvent l’objet de critiques (1;2) promues par des détracteurs de tout bord.
CONCLUSION
Les propos attribués à Kate Mulvey sur sa vision vis-à-vis du féminisme sont authentiques. Ils proviennent bien d’un article qu’elle a publié le 7 mars 2025 dans The i Paper, où elle exprime ses regrets concernant une vision radicale du féminisme qui, selon elle, a affecté sa vie amoureuse.
Journaliste fact-checkeur: Tiomité DA
Editeur : Jordan MEDA