“Chaque minute, une femme meurt suite à une complication liée à la grossesse. Chaque année, 287 000 femmes meurent du fait de la grossesse dont 90% en Afrique subsaharienne.”
“Chaque minute, une femme meurt suite à une complication liée à la grossesse. Chaque année, 287 000 femmes meurent du fait de la grossesse dont 90% en Afrique subsaharienne.” lit-on dans la rubrique la semaine de Poko du quotidien d’information Le Pays (1), publié sur son site web le 28 août 2025 et dans sa parution du 29 au 31 août 2025. Le journal cite le Dr Ousséni Compaoré, gynécologue obstétricien, comme étant la source de l’information.
Une femme meurt-elle chaque minute dans le monde suite à une complication liée à la grossesse ? 287 000 femmes meurent-elles chaque année du fait de la grossesse ? 90% de ces décès ont-ils lieu en Afrique subsaharienne ?
Fasocheck a vérifié.

Capture d’écran de l’article
Les preuves de l’auteur
Contacté par Fasocheck, le Dr Ousséni Compaoré, gynécologue obstétricien, a expliqué s’être exprimé sur le sujet lors d’un atelier de briefing en juillet 2025, consacré au Système de gestion des incidents pour l’élimination des décès maternels et périnatales évitables (SGI-eDMPR), en présence des médias.
- Sur la première partie de la déclaration selon laquelle « chaque minute, une femme meurt d’une complication liée à la grossesse », le Dr Ousséni Compaoré a indiqué que son propos a tout simplement été mal rapporté. Il a partagé avec Fasocheck une capture d’écran d’une partie de la présentation qu’il a livré ce jour. La capture, intitulée “horloge de la mortalité maternelle”, évoque des chiffres clés datant d’une quinzaine d’années sur les tendances de la mortalité maternelle. Mais d’après lui, il a, au cours de sa présentation, déclaré qu’ ”en 2023, l’OMS fait état d’un décès maternel survenu presque toutes les deux minutes.”

Capture d’écran reçue du Dr Ousséni Compaoré
Par des recherches avancées sur internet, Fasocheck a retrouvé des documents PowerPoint (1;2;3) datant d’une dizaine d’années, contenant la même “horloge de la mortalité maternelle” et des données presque similaires à la capture d’écran qu’a fournie le Dr Ousseini Compaoré.

Captures d’images des différentes présentations PowerPoint
Cependant, aucun de ces documents ne mentionne la source, ni la méthodologie employée ayant servi à ériger l’horloge de la mortalité maternelle.
- Concernant la deuxième partie de la déclaration – « chaque année, 287 000 femmes meurent des suites de la grossesse » – le médecin assure que cette donnée provient d’une présentation au Sommet de la CARMMA (Campagne pour l’accélération de la réduction de la mortalité maternelle en Afrique), qui s’est tenue à Addis-Abeba en Éthiopie, en janvier 2013. Une recherche avancée sur internet a permis de retrouver une fiche d’information sur la mortalité maternelle en Afrique, préparée en janvier 2013 pour la CARMMA par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA). Cette fiche d’information affirme que “chaque année, 287 000 femmes à travers le monde meurent de causes liées à la grossesse”. Cependant, la fiche elle-même cite comme source un rapport publié en 2012 sur la mortalité maternelle. Dans ce rapport, dont les données sont vieilles de 15 ans, on peut lire : “Globalement, environ 287 000 décès maternels sont survenus en 2010, soit une baisse de 47% par rapport à 1990”. Ces données ont été obtenues en compilant les statistiques nationales de 181 pays. Le chiffre de 287 000 décès maternels en un an apparaît donc comme une estimation annuelle, plutôt qu’une moyenne calculée sur plusieurs années.
- Pour la troisième partie de la déclaration, le Dr Ousséni Compaoré reconnaît s’être trompé. Il précise que la déclaration exacte qu’il a voulu faire est que 90% de ces « décès maternels sont évitables » et non que « 90% de ces décès ont lieu en Afrique subsaharienne ». « Je reconnais cette erreur et je suis prêt à suivre la bonne démarche pour la corriger », a-t-il déclaré pour preuve de bonne foi.
Quelle est la réalité ?
Le décès maternel est le décès d’une femme survenu au cours de la grossesse ou dans un délai de 42 jours après sa terminaison, à cause de la grossesse ou de ses soins. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans son rapport Tendances de la mortalité maternelle de 2000 à 2020, “en 2020, 287 000 femmes dans le monde seraient mortes d’une cause maternelle, ce qui représente près de 800 décès maternels chaque jour et environ un toutes les deux minutes.” L’Afrique, subsaharienne, selon ce rapport, supportait à elle seule environ 70 % des décès maternels dans le monde.
La tendance est en baisse, selon un rapport que l’OMS a publié en 2023 sur le sujet. “A l’échelle mondiale, on estime que 260 000 femmes sont décédées de causes maternelles en 2023, soit plus de 700 décès maternels par jour”, mentionne ce rapport.
En 2025, c’est la même statistique qui est avancée par Worldometer consulté par FasoCheck le 16 septembre 2025. Worldometer est un site de statistiques mondiales, permettant de suivre rapidement les tendances mondiales sur diverses thématiques en temps réel.
Toutes les sources consultées par Fasocheck font référence à l’OMS comme source de données.
Sur la base des estimations avancées par l’OMS, les calculs effectués par la règle de trois concordent avec les données de l’horloge de la mortalité maternelle :

Capture de la règle de trois
Sur son site web, l’OMS précise que “près de 90 % des décès maternels sont survenus dans les pays à revenu faible ou les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure en 2023.” Les pays à faible revenu sont ceux dont le revenu national brut (RNB) par habitant est de 1 135 dollars ou moins (637 012,17 Franc CFA). On y retrouve par exemple le Burkina Faso, mais aussi le Burundi, l’Afghanistan, le Yémen ou la Syrie.
Les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure sont ceux dont le RNB par habitant se situe entre 1 136 et 4 495 dollars (entre 637 573,27 Franc CFA et 2 522 792,68 Franc CFA). Ce sont, entre autres, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Tanzanie, l’Angola, le Bangladesh, les Philippines ou le Népal.
Décès maternels au Burkina
Selon l’annuaire statistique de la santé, le nombre de décès maternels par cause de complications liées à la grossesse en 2024 est de 1 108. Ces complications sont, entre autres, la présentation vicieuse, l’éclampsie, la rétention placentaire, la rupture utérine, l’hémorragie, les complications d’avortement.
Depuis le 2 avril 2016, les soins de santé sont officiellement gratuits pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans sur toute l’étendue du territoire burkinabè “dans les centres de santé publics et les structures de santé conventionnées”. Le décret, adopté en Conseil des ministres, élargit cette gratuité au dépistage et à la prise en charge des cancers du col de l’utérus et du sein chez les femmes.
Conclusion
La déclaration selon laquelle “chaque minute, une femme meurt suite à une complication liée à la grossesse” est fausse. Selon l’OMS, cela survient plutôt presque toutes les deux minutes.
Même si en 2010 et 2020 ce sont environ 287 000 femmes qui sont mortes du fait de la grossesse, il ne s’agit pas d’une moyenne calculée sur plusieurs années.
Quant au ratio avancé selon lequel 90% des décès maternels se comptent en Afrique subsaharienne, il est aussi incorrect. L’OMS estime cette proportion à environ 70 % en 2020 et 2023.
Journaliste : Rabiatou Congo
Editeur : Abdoul Fhatave Tiemtoré