Affirmation

Un audio largement partagé sur WhatsApp propose un remède naturel à base de feuilles de papaye, de koà safàn (vernonia) et de citron, et affirme qu'il « prévient et guérit la dengue et le paludisme en seulement 3 à 4 jours »

Auteur
Groupe WhatsApp
Verdict
Non prouvée Aucune preuve ne soutient que la recette à base de feuilles de papaye, de vernonia et de citron permet de guérir ou prévenir la dengue ou le paludisme.


Un message vocal devenu viral sur WhatsApp au Burkina Faso prétend qu’un mélange de feuilles de papayer, de vernonia (koá safàn en langue locale) et de citron peut guérir la dengue et le paludisme. Même si certaines propriétés de ces plantes peuvent atténuer des symptômes de ces maladies, les études scientifiques, ainsi que les professionnels de la santé, indiquent que cette recette n’est ni prouvée, ni sûre. 

La période pluvieuse au Burkina Faso est favorable à une augmentation des cas de paludisme et de dengue. Dans ce contexte, depuis fin août 2025, un message audio proposant un remède naturel contre la dengue et le paludisme circule largement sur WhatsApp. Dans cet enregistrement, une voix masculine affirme que le jus issu du mélange de feuilles de papayer, de feuilles de vernonia (koà safàn dans plusieurs langues locales) et de citron permettrait de prévenir et de guérir ces deux maladies en trois ou quatre jours. Le jus de feuilles de papayer, de feuilles de vernonia et de citron a-t-il les propriétés qu’on lui prête ? Fasocheck a vérifié.

D’abord qu’est-ce que la dengue ?

La dengue est une infection causée par un virus (DENV), qui est transmis à l’être humain par piqûre de moustiques femelles infectés du genre Aedes. L’Aedes aegypti en est le principal vecteur, mais d’autres moustiques du genre Aedes peuvent aussi transmettre le virus. Quatre souches de ce virus sont connues à ce jour : DENV-1, DENV-2, DENV-3 et DENV-4. Une personne est susceptible d’être infectée par chacune d’elles au cours de sa vie. L’immunité acquise après une infection par l’une de ces souches confère une immunité uniquement contre la souche concernée, mais pas contre les autres sérotypes.  

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Ce que dit la recherche sur les feuilles de papaye

L’audio qui circule dans les groupes WhatsApp ne cite aucune source scientifique ou sanitaire. Pour vérifier l’affirmation, Fasocheck a effectué une recherche avancée avec des mots-clés incluant « feuilles de papaye » « vernonia » et « dengue » sur Internet. Cela a permis de retrouver des études qui ont testé l’utilisation de ces feuilles dans le traitement de la dengue.

Un article intitulée Jus de feuilles de Carica papaya contre la dengue : étude préliminaire et publiée en 2022 dans la revue Nutrients a montré que le jus des feuilles de C. papaya pouvait aider à améliorer le taux de plaquettes, ces cellules du sang qui servent à arrêter les saignements chez certains patients atteints de dengue. Toutefois, ont indiqué les auteurs, ces résultats sont limités et ne constituent pas une preuve que le jus des feuilles de C. papaya  guérit la maladie elle-même, d’autant plus que les procédés analysés sont encore au stade expérimental et qu’aucun protocole thérapeutique officiel n’existe à ce jour. Dans les faits, cette étude a consisté à effectuer une revue de littérature de 1030 articles ayant traité des potentiels liens entre la dengue, les feuilles et les jus de C. papaya. Sur ce total, 28 articles ont été considérés. 

Ces 28 études ont exploré les effets du jus de feuilles de papaye sur la dengue, utilisant des approches variées : enquêtes auprès de guérisseurs traditionnels au Bangladesh et aux Philippines, tests en laboratoire sur des cellules humaines et animales, expérimentations sur des rongeurs et moustiques, ainsi que dix études cliniques menées directement sur des patients. Les recherches ont identifié plusieurs composés actifs dans les feuilles, notamment des flavonoïdes comme la myricétine et la quercétine. Toutefois, les méthodes de préparation du jus varient considérablement d’une étude à l’autre : certaines utilisent des jeunes feuilles, d’autres matures, et plusieurs ajoutent du sucre ou du lait pour atténuer le goût amer.

Les résultats en laboratoire montrent que le jus de feuilles de papaye pourrait effectivement protéger les cellules sanguines contre la destruction, inhiber l’agrégation excessive des plaquettes et stimuler les défenses immunitaires. Ces effets pourraient théoriquement réduire les principaux effets de la dengue comme les hémorragies, la chute du nombre de plaquettes et les fuites de plasma sanguin. Cependant, les études cliniques présentent des limites. Sept sur dix autorisaient les traitements médicaux conventionnels en parallèle, rendant difficile d’isoler l’effet spécifique des feuilles de papaye. Les informations traditionnelles restent également fragmentaires, sans détails précis sur les dosages et les durées de traitement utilisés par les guérisseurs locaux.

Une autre étude réalisée en 2023 par une équipe de chercheurs burkinabè et publiée dans la revue The Journal of Phytopharmacology  a comparé les effets d’extraits de Vernonia colorata (koá safàn) et de Carica papaya (papayer) sur des souris. Elle a conclu que ces extraits peuvent prévenir la thrombocytopénie (baisse des plaquettes sanguines) et réduire la perméabilité vasculaire, deux symptômes de la dengue sévère. Cependant, ces recherches ont été conduites sur des souris et non des hommes, et a utilisé des extraits de plantes lyophilisés, c’est-à-dire déshydratés à froid pour une conservation optimale, et standardisés en laboratoire. Or un mélange artisanal dont la concentration en principes actifs est variable n’est pas équivalente à un extrait scientifique standardisé. De plus, l’étude n’a pas démontré que le traitement tuait le virus, mais seulement qu’il atténuait certains symptômes.

La feuille de papayer est également mentionnée dans certaines enquêtes ethnobotaniques. Une étude réalisée entre 2020 et 2021 à Abengourou en Côte d’Ivoire a recensé 32 plantes utilisées par les tradipraticiens contre le paludisme, parmi lesquelles le Carica papaya.

Comme le souligne l’étude, ces recensements de plante “constituent une base de données pour les études ultérieures visant à évaluer les potentialités biologiques et chimiques de ces plantes”. Elles pourraient ainsi servir “à la découverte de nouveaux principes actifs” plutôt qu’à valider l’efficacité des préparations traditionnelles.

Des essais cliniques limités et des résultats non concluants

Une revue de littérature intitulée “Étude prospective randomisée ouverte visant à évaluer l’efficacité et la sécurité d’emploi de l’extrait de feuilles de Carica papaya dans le traitement de la thrombocytopénie associée à la dengue chez les enfants ” publiée en 2019 a analysé plusieurs études précliniques et quelques essais cliniques sur l’utilisation des feuilles de papaye contre la dengue. Bien que certaines études cliniques, dont celle menée en 2019 auprès de 294 enfants, montrent une augmentation des plaquettes, leurs conclusions restent limitées par des échantillons trop petits et un manque de standardisation des extraits. 

Cet autre article de 2024 publié dans Tropical Diseases, Travel Medicine and Vaccines, intitulé “Exploration des produits naturels pour le traitement de la dengue : revue systématique“, parvient à des conclusions similaires. Il reconnaît le potentiel de plantes comme la papaye et le vernonia pour augmenter les plaquettes, mais souligne le manque de preuves solides et conclut qu’elles ne peuvent pas être recommandées comme des traitements contre la dengue à l’heure actuelle.

Des recherches ont aussi porté sur les effets de la feuille de papayer contre le paludisme. En mars 2025, une thèse soutenue à l’Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB), sur l’“État des lieux du potentiel thérapeutique de Carica papaya Linn (Caricacées), une plante utilisée traditionnellement dans le traitement du paludisme au Mali”, a recensé ses usages traditionnels et confirmé que la papaye renferme des molécules actives. L’auteur précise cependant qu’avant d’en faire un médicament reconnu, il faut passer par plusieurs étapes : tests en laboratoire, essais sur des patients et validation par les autorités sanitaires.

Les mises en garde du Dr Geoffroy Wendoumba Dibri 

Contacté par Fasocheck, le Dr Geoffroy Wendoumba Dibri, pharmacien spécialisé en pharmacologie et pharmacie clinique au Centre hospitalier universitaire (CHU) Souro Sanou de Bobo-Dioulasso invite à la prudence. « Il est important de distinguer la plante de la préparation. Qu’une toute plante contienne des composés actifs ne signifie pas que la préparation artisanale qu’on en fait possède les mêmes propriétés thérapeutiques », a-t-il mis en garde.

Dr Geoffroy Wendoumba Dibri

Selon lui, il est scientifiquement impossible d’affirmer que le mélange décrit dans l’audio guérit la dengue ou le paludisme car « Il faut encore vérifier si la préparation finale a réellement les propriétés attribuées à la plante ».

Le Dr Dibri rappelle que tout remède traditionnel commercialisé au Burkina Faso doit obtenir une autorisation du ministère de la Santé, à travers l’Agence nationale de régulation pharmaceutique (ANRP). Cette procédure, a-t-il précisé, est essentielle pour garantir l’efficacité et l’absence de danger de ces produits.

Outre cela, le pharmacien insiste sur la toxicité à fortes doses des plantes. « Tous les médicaments, y compris les plantes, utilisés à fortes doses exposent le foie et les reins. Leur surcharge peut entraîner des hépatites, des insuffisances hépatiques ou rénales, ce qui est très grave ».

Enfin, il rappelle que la seule conduite à tenir face à des symptômes, c’est de se rendre sans délai à l’hôpital. Seul un diagnostic médical précis, dit-il, permet d’identifier la maladie et de mettre en place le traitement adapté.

La dengue au Burkina 

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), une fois dans l’organisme, le virus de la dengue se multiplie dans certaines cellules provoquant une forte fièvre et des douleurs intenses. Dans les formes sévères, cette multiplication peut entraîner une fuite du plasma sanguin et une chute importante des plaquettes, ce qui nécessite une hospitalisation. L’institution onusienne indique que l’incidence de la dengue a progressé au cours des dernières décennies, avec une augmentation du nombre de cas notifiés de 505 430 en 2000 à 14,6 millions en 2024. Les raisons, selon l’agence onusienne, sont principalement liées à l’urbanisation non planifiée, les crises humanitaires et les déplacements massifs de populations, couplées à certains facteurs environnementaux comme les changements climatiques et l’expansion géographique des moustiques vecteurs. Selon l’Annuaire statistique 2024 du ministère de la Santé, le Burkina Faso a enregistré 83 869 cas de dengue au cours de l’année, avec un taux de létalité de 0,1 %, entraînant environ 84 décès. En ce qui concerne le paludisme, le pays a recensé 10 532 015 cas en 2024 avec  3 523 décès.

Alors que les vecteurs de la dengue sont susceptibles de s’adapter à un nouvel environnement et aux changements climatiques, aucun traitement spécifique n’existe encore à ce jour, « en dehors des traitements symptomatiques visant à soulager les malades », prévient Dr Kounbobr Roch Dabiré, entomologiste et Directeur de Recherche, au Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST). Le moyen de prévention le plus recommandé est d’éviter les piqûres de moustiques.

Conclusion

L’affirmation selon laquelle le jus obtenu par le mélange de feuilles de papayer, de feuilles de vernonia (koà safàn en langues locales) et de citron peut guérir ou prévenir la dengue et le paludisme est non prouvée. Des études scientifiques suggèrent que des extraits de ces plantes peuvent atténuer certains symptômes dans des conditions de laboratoire. Les essais cliniques effectués sont encore limités et aucune preuve ne démontre que la préparation artisanale décrite dans l’audio est efficace pour guérir ou prévenir ces maladies.

Dô dit Drissa DAO

Email : dodao@fasocheck.org 

LinkedIn :  www.linkedin.com/in/dô-dao-4a4a36204

Editeur : Abdoul Fhatave Tiemtoré