La “pilule du lendemain” ne doit pas être prise plus de deux fois dans l’année
Plusieurs publications (1, 2, 3) sur les réseaux sociaux affirment que la pilule de contraception d’urgence, également appelée “pilule du lendemain” présente des risques pour la santé et que son utilisation devrait être limitée à deux prises par an, voire cinq durant toute la vie. Ces affirmations, partagées par de nombreux utilisateurs, ne reposent cependant sur aucune donnée ou preuve scientifique.
La “pilule du lendemain”, ou pilule de contraception d’urgence, utilisée par la femme après un rapport sexuel non protégé afin d’éviter une grossesse non désirée, est présentée par certains internautes comme un risque pour la santé. Plusieurs publications allèguent qu’il ne faudrait pas en prendre plus de deux fois dans l’année, ou plus de cinq fois au cours de la vie. Bien que peu virales, ce narratif continue de circuler sous plusieurs formes sur les réseaux sociaux ainsi que dans des groupes de messagerie privée, notamment WhatsApp.
Est-il vraiment déconseillé d’avaler la “pilule du lendemain” plus de 2 fois l’année ou plus de 5 fois dans la vie ? Fasocheck a vérifié.

Capture d’écran d’une des publications faite sur Facebook
Qu’est-ce que la pilule du lendemain ?
Dans l’entendement populaire, la “pilule du lendemain” serait un remède miracle qui empêche la survenue d’une grossesse après un rapport sexuel non protégé.
Dans un article publié le 18 août 2022, la revue International Journal of Women’s Health définit la pilule contraceptive d’urgence (PCU) comme « un contraceptif hormonal utilisé pour prévenir les grossesses non désirées pouvant survenir après un rapport sexuel non protégé ».
L’article précise que ces pilules peuvent contenir soit une combinaison d’œstrogènes et de progestatifs, soit uniquement un progestatif, soit de l’acétate d’ulipristal. Les œstrogènes sont des hormones naturelles qui régulent le cycle menstruel féminin, les progestatifs sont des substances (naturelles ou de synthèse) qui imitent la progestérone pour contrôler l’ovulation et la grossesse, tandis que l’acétate d’ulipristal est un médicament de synthèse qui agit sur les mêmes récepteurs hormonaux pour retarder l’ovulation, notamment utilisé comme pilule de contraception d’urgence.
Utilisées correctement dans les 72 heures suivant le rapport sexuel à risque, les pilules d’urgence peuvent réduire le risque de grossesse non désirée et d’avortement non médicalisé de 75 % à 85 %.
L’International Journal of Women’s Health est une revue britannique spécialisée dans la santé reproductive, la grossesse, la contraception, le cancer du sein, les maladies cardiovasculaires chez les femmes, ainsi que d’autres sujets liés à la santé et à l’éducation sanitaire féminine.
Le Dr Ousmane Coulibaly, gynécologue-obstétricien contacté par Fasocheck, explique que la pilule du lendemain est une contraception d’urgence à forte dose, destinée à retarder l’ovulation, contrairement à la pilule contraceptive ordinaire, qui est minidosée et qui agit progressivement pour empêcher l’ovulation. D’après ses explications, une seule pilule de contraception d’urgence contient environ 1500 microgrammes de principe actif alors qu’une pilule de contraception ordinaire n’en contient que 40 à 60 microgrammes, ce qui montre que la dose de la pilule d’urgence est beaucoup plus élevée que celle de la pilule contraceptive ordinaire.
Un nombre maximal de prises recommandé ?
Aucune source scientifique ou médicale consultée par Fasocheck ne confirme l’existence d’une recommandation internationale limitant la prise de la pilule de contraception d’urgence. La fiche d’information de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la contraception d’urgence indique qu’ “il n’y a pas de restrictions sur le plan médical pour l’utilisation de PCU”. L’OMS précise cependant les situations où elle peut être utilisée, sans aucune mention d’un nombre maximal de recours recommandé. “Il n’existe aucune preuve que l’utilisation fréquente des PCU soit néfaste pour la plupart des femmes”, rapporte pour sa part Population Council, organisation de recherche sur la santé et le développement, dans son Guide pour les pilules de contraception d’urgence de 2009.
« Il n’y a pas de nombre maximum », soutient le Dr Hermann Habib Ouattara, gynécologue-obstétricien contacté aussi par Fasocheck. Il précise toutefois que « si l’on souhaite l’utiliser fréquemment, il est préférable d’opter pour une autre méthode contraceptive », rappelant que la pilule d’urgence peut perturber le cycle menstruel. Selon Dr Ousmane Coulibaly, même si aucun document scientifique ne fixe un nombre précis de prises de la pilule d’urgence, elle ne doit pas être utilisée comme une méthode contraceptive ordinaire.
Dans sa fiche d’information, l’OMS prévient que “l’utilisation fréquente et répétée de PCU peut être nocive pour les femmes atteintes de certaines affections dont la thrombo‑embolie veineuse, les troubles veineux superficiels, les dyslipidémies, les antécédents de grossesse extra‑utérine, les pathologies cardio‑vasculaires graves, les migraines, les maladies hépatiques graves, les cancers et l’obésité.
Risques liés à la prise de la pilule d’urgence
L’absence de limitation du nombre de prises de la pilule de contraception d’urgence ne signifie pas que cela est sans risques dans certains cas. Une étude publiée en 2018 par la base de données scientifique américaine PubMed, a montré que l’échec de la pilule contraceptive d’urgence peut entraîner des grossesses extra-utérines.
Une autre étude, parue en février 2015 sur la même plateforme, a révélé un risque plus élevé de grossesse extra-utérine chez les femmes qui ont eu plusieurs rapports sexuels non protégés après la prise de la pilule du lendemain, ou qui l’ont utilisée à plusieurs reprises dans le même cycle.
Et, d’après les explications du Dr Ousmane Coulibaly, bien que la “pilule du lendemain” ne soit pas une cause de stérilité, elle peut occasionner des perturbations du cycle menstruel ou des saignements continus en dehors du cycle, pouvant persister durant au moins un mois. Si l’ovulation a déjà eu lieu au moment de la prise de la pilule, la contraception d’urgence peut ralentir le transit de l’œuf fécondé dans la trompe, augmentant le risque de grossesse extra-utérine, a ajouté le Dr Coulibaly. Une grossesse extra-utérine, prévient le médecin, est une urgence médicale susceptible d’occasionner une opération chirurgicale, et, dans bien des cas, une suppression des trompes.
Conclusion
L’idée selon laquelle la pilule de contraception d’urgence ou “pilule du lendemain” ne devrait pas être prise plus de deux fois par an est non prouvée. Cependant, elle ne doit être utilisée qu’en situation d’urgence et non comme une contraception ordinaire.
Journaliste : Aïcha Mohamed YATTARA
Editeur : Abdoul Fhatave TIEMTORE