« La région de l'Est abrite ¾ du potentiel faunique du Burkina Faso ». Auteur : Conseil régional de l’Est
Dans une publication le 3 septembre 2024 sur son compte Facebook qui cumule à 17 mille followers, le Conseil régional de l’Est déclarait que « la région de l’Est abrite 3/4 du potentiel faunique du Burkina Faso ». Cette affirmation a été reprise par plusieurs profils Facebook (1, 2, 3). La région de l’est abrite-t-elle réellement ¾ du potentiel faunique du Burkina Faso ? Fasocheck a vérifié.

Capture d’écran de la publication
Les preuves du Conseil régional de l’Est
Pour vérifier la déclaration, Fasocheck a d’abord contacté le Conseil régional de l’Est qui a confirmé être l’auteur de la publication. L’institution dit s’être référée à un reportage réalisé par la télévision nationale burkinabè et publié sur la page Facebook de la RTB2 Fada N’Gourma le 9 juin 2021. Dans ce reportage, Barnabé Kaboré, alors directeur régional de l’Environnement, de l’économie verte et du changement climatique de l’Est, a déclaré que « la région de l’Est regorge de pratiquement 70% de la faune du Burkina Faso ».
La région de l’Est, l’une des treize régions administratives du Burkina Faso, comprend cinq provinces (Gnagna, Gourma, Kompienga, Komandjoari et Tapoa) et vingt-sept communes. Selon le cinquième Recensement général de la population et de l’habitation (2019), elle compte 1 942 805 habitants, soit 9,5% de la population nationale et couvre environ 17% du territoire national avec une superficie de 47 434 km².

Capture d’écran de la publication d’un reportage de la RTB/Télé sur la faune dans l’Est
Selon le Code forestier du Burkina Faso, « la faune est l’ensemble des animaux sauvages, vivant en liberté dans leur milieu naturel, ou maintenus en captivité, à l’exception des poissons, des mollusques et des crustacés ».
Par des recherches avancées sur internet avec les mots clés « ¾ potentiel faunique Burkina », Fasocheck a retrouvé la monographie de la région de l’Est contenue dans le rapport du recensement général de la population et de l’habitation publié en 2022 par l’Institut national de la statistique et de la démographie du Burkina. Ce rapport qui cite le Plan régional de développement (PRD 2019-2023) mentionne que “l’espace protégé dans la région de l’Est représente environ 70 % des espaces fauniques du pays”.
Fasocheck a également obtenu du Conseil régional de l’Est une copie de la version provisoire de ce PRD 2019-2023, non accessible en ligne. Il y est mentionné que « les réserves de faune et les parcs nationaux occupent plus de 30% de la région de l’Est et abritent plus de 70% de la faune du Burkina Faso » (page 25).
Ce rapport ne précise cependant pas la méthodologie employée pour recueillir ces chiffres, ni les sources utilisées, ni les outils de collecte ou les acteurs impliqués dans la production des chiffres.
Fasocheck a sollicité la direction régionale de l’environnement de l’Est pour obtenir des données sur la faune dans cette région. Celle-ci a orienté Fasocheck vers la direction générale des eaux et forêts du Burkina, qui a été saisie via sa direction de la faune et des ressources cynégétiques. Cependant, malgré plusieurs relances, aucune réponse n’a été reçue. Par conséquent, Fasocheck n’a pu accéder ni aux sources primaires ni à des données complémentaires pour confirmer ou infirmer la déclaration selon laquelle la “région de l’Est abrite ¾ du potentiel faunique du Burkina Faso“.

Capture d’écran de la page de garde du Plan régional de développement (2019-2023)
Espace faunique Vs potentiel faunique : quelle différence ?
Emmanuel Diagbouga, inspecteur de l’environnement, a expliqué qu’il y a une nuance entre le fait d’abriter « 70% des espaces fauniques » et celui d’ « abriter 3/4 du potentiel faunique ». Selon lui, la première déclaration fait référence à la proportion des zones géographiques (ou espaces dédiés à la faune) que la région l’Est couvre. La seconde évoque le nombre ou la diversité des espèces fauniques. Cela signifie que la région de l’Est abrite environ 75% de la population totale ou du potentiel biologique de la faune du pays, ce qui inclut des aspects comme la diversité des espèces, la densité des populations animales, ou la capacité de ces espèces à se reproduire et prospérer.
La direction de la faune et des ressources cynégétiques du Burkina, se référant aux études de Gilles Balança, spécialiste des oiseaux en d’Afrique de l’Ouest, estime que la région de l’Est abrite environ 455 espèces d’oiseaux et 73 espèces de mammifères.
La région de l’Est, selon le PRD 2019-2023, abrite onze des quinze concessions de chasse du Burkina Faso. En référence à l’Atlas de la biodiversité de l’Afrique de l’Ouest publié en 2010, en plus du parc national W, un parc transfrontalier entre le Bénin, le Burkina Faso et le Niger, la région de l’Est abrite aussi le parc national d’Arly ainsi que les réserves totales de faune de Pama, Singou et Madjoari. Cette région, avec une couverture faunique de 1 578 746 hectares, comprend aussi les réserves partielles de Konkombouri, Nabéré et Singou septentrional, ainsi que les zones cynégétiques de Tapoa-Djerma, Tapoa-Boopo, Tapoa-Sud et Tapoa-Nord.
Comment se fait le comptage des espèces animales ?
Bien que les documents consultés ne renseignent pas sur la méthodologie employée pour le comptage des animaux de la région de l’Est spécifiquement, le colonel Dieudonné Yaméogo, directeur de la Faune et des ressources cynégétiques, a expliqué à Fasocheck que l’évaluation du potentiel faunique d’une zone repose principalement sur deux méthodes : les enquêtes sociales et les enquêtes statistiques.
Les enquêtes sociales consistent à interroger les populations locales pour recueillir des informations sur la faune, tandis que les enquêtes statistiques emploient des méthodes quantitatives comme les recensements par échantillonnage pour estimer les populations animales. Ces inventaires, a précisé le colonel Dieudonné Yaméogo, peuvent être effectués à pied, par voie aérienne ou en véhicule.
Dans son rapport d’évaluation des propositions d’inscription de biens naturels et mixtes sur la liste du patrimoine mondial, publié en 2017, l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN) a mentionné que “dans le complexe W-Arly-Pendjari, près de 4500 éléphants ont été observés par comptage aérien en 2003, et 8900 par échantillonnage en 2015” (page 11). Le complexe W-Arly-Pendjari (WAP) est une zone transfrontalière de conservation de la biodiversité, située en Afrique de l’Ouest et couvrant le Bénin, le Burkina Faso et le Niger.
Faune burkinabè sous menace terroriste
L’insécurité au Burkina Faso a impacté les aires de protection faunique, comme le souligne un rapport de juin 2020 de la direction de la faune et des ressources cynégétiques. Ce document, qui n’est pas accessible en ligne, indique que plus de dix attaques ont été recensées depuis 2016, entraînant des pertes financières s’élevant à 2 222 141 143 FCFA. Les principales menaces qui pèsent sur les aires protégées, selon le directeur de la faune et des ressources cynégétiques du Burkina, sont le braconnage, l’absence d’aménagement des habitats, les feux de brousse, le stress causé par les groupes armés, le pacage illégal et la transmission de zoonoses.

Capture d’écran du rapport de l’impact de l’insécurité sur les aires de protection faunique au Burkina
Conclusion
Bien vrai que les espaces fauniques du Burkina Faso se concentrent dans la région de l’Est, l’affirmation selon laquelle “la région de l’Est abrite ¾ du potentiel faunique du Burkina Faso” est non prouvée. Cependant, selon le Plan régional de développement (PRD 2019-2023) qui ne mentionne pas sa méthodologie de collecte des données “l’espace protégé dans la région de l’Est représente environ 70 % des espaces fauniques du pays”.
Fact-checker: Dô DAO
Email: dodao@fasocheck.org
X (Twitter) : @DaondorolaDo