Affirmation

« Selon des enquêtes de la commune, la ville de Bobo-Dioulasso produit 600 tonnes de déchets par jour »

Auteur
L'Express du Faso (30 juillet 2025), repris par plusieurs médias en ligne.
Verdict
Globalement correct. Bien que des données précises fassent défaut, le chiffre de 600 tonnes de déchets par jour à Bobo-Dioulasso est globalement correct : l'application du ratio officiel de 0,67 kg/habitant/jour à la population de 984 603 habitants donne 659 tonnes par jour. Toutefois, il s'agit d'une estimation théorique et non d'une mesure directe, la mairie n'ayant fourni aucune méthodologie pour étayer cette donnée.


Alors que la gestion des déchets constitue un défis pour les communes et les centres urbains au Burkina Faso, un article de presse et plusieurs publications en ligne affirment que la ville de Bobo-Dioulasso produit 600 tonnes de déchets par jour.

La gestion des déchets est une problématique urbaine qui n’épargne pas les grandes villes du Burkina. Dans sa parution du 30 juillet 2025, le journal L’Express du Faso a rapporté, citant des “enquêtes communales”, que Bobo-Dioulasso produit 600 tonnes de déchets par jour. Ce chiffre a été largement  repris (1,2,3) sur les réseaux sociaux par des médias en ligne et cette déclaration a été faite lors de l’ouverture de la première session extraordinaire de l’année 2025 de la commune de Bobo-Dioulasso, tenue du 29 au 30 juillet. La ville de Bobo-Dioulasso produit-elle vraiment 600 tonnes de déchets par jour ? Fasocheck a vérifié.

Capture d’écran de l’article de L’Express du Faso

Les preuves de l’auteur

Joint par Fasocheck, le journaliste Ben Alassane DAO, auteur de l’article paru dans L’Express du Faso, a déclaré s’être appuyé sur une source officielle, sans pouvoir fournir les fournir. Fasocheck a sollicité sans succès, par courrier physique et via de multiples relances par courriels et appels téléphonique, une demande consultation de données et une interview auprès de la mairie centrale de la commune de Bobo-Dioulasso.

Capture d’écran du courrier et de la décharge de demande d’accès au rapport sur la production de déchets à Bobo-Dioulasso

Les déchets, c’est quoi ?

La notion de déchet recouvre des réalités variées selon les approches. D’un point de vue économique, le site spécialisé Actu-Environnement le définit comme « un bien qui n’a, a priori, aucune valeur marchande », tandis que Gérard Bertolini,  économiste (1998) le décrit comme « tout résidu d’un processus de production, de transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau, produit ou plus généralement tout bien meuble qui ne présente plus d’utilité ni de valeur d’échange pour son détenteur ». Ces définitions soulignent la perte de valeur économique du bien pour son propriétaire.

Sur le plan réglementaire, des définitions normatives complètent cette approche. L’Union européenne (directive 2008/98/CE) définit le déchet comme « toute substance ou tout objet dont le détenteur se défait ou dont il a l’intention ou l’obligation de se défaire », insistant sur l’intention d’abandon. Au Burkina Faso, le Code de l’environnement (2013) adopte une définition large, incluant « tout résidu de matière ou de substance abandonné ou destiné à l’abandon, qu’il soit liquide, solide ou gazeux, issu d’un processus de fabrication, de transformation ou d’utilisation d’une matière ou d’un produit ». Cette approche couvre tous les états physiques et l’ensemble du cycle de production et de consommation.

Les déchets se distinguent également par leur nature et leur niveau de danger. Selon l’Union européenne, on distingue les déchets dangereux (risques pour la santé ou l’environnement) et les biodéchets (restes alimentaires, résidus de jardin). Le Code burkinabé distingue aussi les déchets dangereux et non dangereux, solides, liquides ou gazeux. Enfin, Actu-Environnement propose une classification en biodégradables, recyclables (métaux, plastiques, matériaux de construction), ultimes (non traitables, destinés à l’enfouissement) et spéciaux (ménagers, industriels ou issus des soins à risque infectieux).

Combien de tonnes de déchets Bobo-Dioulasso produit-elle chaque jour ?

En effectuant une recherche avancée sur internet avec les mots-clés « déchets, Bobo-Dioulasso », Fasocheck a retrouvé plusieurs travaux de recherche consacrés à la gestion des ordures dans la ville. 

Selon le sociologue Ali Sangaré, la population de Bobo-Dioulasso produisait environ 73 000 tonnes de déchets par an, soit près de 200 tonnes par jour en 2007. Il l’affirme dans un article intitulé « Perception et gestion des déchets solides issus de l’espace public urbain : le cas de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) » et publié en 2012 dans la Revue des sciences sociales. Ali Sangaré cite lui-même un rapport publié en 2006, produit par Konaté, intitulé  Projet d’amélioration de services urbains de base (PASUB) Bobo-Dioulasso, secteur 21. 

Bobo-Dioulasso, deuxième ville la plus peuplée du Burkina Faso après Ouagadougou, comptait 984 603 habitants, selon le cinquième Recensement général de la population et de l’habitation (RGPH) de 2019. Le nombre de ménages y a fortement progressé, passant de 94 947 en 2006 à 215 084 en 2019, soit une hausse de 126,5 % en l’espace de 13 ans.

Selon le ministère de l’Environnement, dans son plan stratégique national de gestion durable et intégrée des pollutions et risques environnementaux 2024-2028 (SNGIPRE), la production moyenne des déchets est estimée à 0,67 kg par habitant et par jour dans les grands centres urbains, et à 0,3 kg par habitant et par jour dans les villes secondaires. Ce document qui n’est pas en ligne, mais dont Fasocheck a obtenu copie auprès de l’institution, précise également que “ la production totale nationale de déchets solides est estimée à 1 051 201,61 tonnes en 2019”. Ces données, a confié Abou Traoré, le directeur de la prévention de la pollution et des risques environnementaux.

En appliquant la moyenne nationale à la population de Bobo-Dioulasso, la production théorique se situerait autour de 659 tonnes par jour (0,67 × 984 603 habitants).

En 2023, Félix Ouédraogo, chargé de recherche en Sociologie à INSS/CNRST, à partir d’une enquête menée dans les secteurs 18 et 19 de la ville de Bobo-Dioulasso, a révélé que chaque habitant produisait en moyenne entre 0,23 et 0,31 kg de déchets par jour. Extrapolée à la population totale de Bobo-Dioulasso (903 000 habitants en 2020), cela correspond à 208 à 280 tonnes de déchets par jour, soit moins de la moitié du chiffre de 600 tonnes attribué à la mairie. 

Des déchets qui empoisonnent le sol et menacent la santé

Au-delà des quantités, plusieurs études soulignent des défis dans la gestion des déchets dans la ville de Bobo-Dioulasso et leurs impacts.

Une d’entre elle étude  intitulée « Évaluation de l’impact environnemental et sanitaire de l’utilisation des déchets solides biodégradables en agriculture urbaine : cas de Bobo-Dioulasso » publiée en 2021 dans la revue Science et technique, Sciences Naturelles et Appliquées indique que les déchets ménagers représentent entre 38 et 70 % des déchets utilisés en agriculture urbaine, souvent sans prétraitement. L’étude alerte sur une contamination des sols par des métaux lourds (cadmium, cuivre, zinc) dépassant les normes tolérables, avec des risques pour la santé et l’environnement.

Le rapport d’étude d’impact environnemental du projet de construction d’abattoir frigorifique moderne à Bobo-Dioulasso (2021) souligne aussi l’absence d’infrastructures adaptées pour le traitement des résidus animaux, des eaux usées et des boues d’abattage. Selon ce document, ces déchets, souvent déversés dans la nature, constituent une source de pollution et de risques sanitaires.

Une autre étude publiée en 2024 sur la caractérisation des déchets biomédicaux à Bobo-Dioulasso montre également que les centres de santé produisent en moyenne 0,18 kg de déchets par patient et par jour, comprenant seringues, pansements, résidus anatomiques et liquides biologiques.  Ces résidus souvent mal triés et parfois mélangés aux ordures ménagères, exposent la ville à des risques environnementaux et sanitaires, constate l’étude.

Conclusion

Même si des données précises et formelles sont inexistantes, la déclaration selon laquelle « la ville de Bobo-Dioulasso produit 600 tonnes de déchets par jour » est globalement correcte. Toutefois, il y a des nuances . Si l’on applique le ratio officiel de 0,67 kg/habitant/jour défini par la Stratégie nationale  à la population de Bobo-Dioulasso (984 603 habitants), on obtient une estimation théorique de 659 tonnes par jour, ce qui corrobore le chiffre avancé. Cependant, cette donnée reste une estimation et non une mesure directe. La mairie, source initiale de l’information, n’a par ailleurs pas fourni de méthodologie pour étayer le chiffre de 600 tonnes malgré nos demandes. 

Journaliste : Dô dit Drissa DAO

Email : dodao@fasocheck.org

LinkedIn :  www.linkedin.com/in/dô-dao-4a4a36204

Editeur : Abdoul Fhatave Tiemtoré