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Du 23 au 29 janvier 2025, le ministère burkinabè de la Santé a organisé une campagne de vaccination contre la fièvre typhoïde. Cette campagne consistait à inoculer un nouveau “vaccin conjugué” contre la fièvre typhoïde à 10 millions d’enfants âgés de 9 mois à 14 ans. A peine lancée, des publications alarmistes et mettant en doute l’efficacité du vaccin sur les réseaux sociaux (1,2,3,4), ont suggéré aux parents de ne pas faire vacciner leurs enfants.  Qu’est-ce que la fièvre typhoïde ? Quelle est l’efficacité du vaccin  administré au Burkina Faso ? Représente-t-il un danger pour les enfants ? Qui peut recevoir ce vaccin ? Fasocheck tente d’y apporter quelques réponses à travers cette fiche d’information.

La fièvre typhoïde, une maladie liée au manque d’hygiène

Encore appelée maladie des mains sales, la fièvre typhoïde est une maladie entérique, c’est-à-dire qu’elle est liée à l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés par des microorganismes et des toxines microbiennes qui agressent les voies gastro-intestinales de l’organisme.

La fièvre typhoïde est une infection bactérienne causée par le Salmonella Typhi une bactérie présente dans les intestins d’animaux. Elle se transmet principalement par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés. « Une fois la bactérie ingérée, elle se multiplie et passe dans la circulation sanguine », explique l’OMS dans une note d’information sur la maladie diffusée en mars 2023.

L’Office fédéral de la santé publique Suisse, ajoute que la maladie se manifeste par une fièvre élevée et prolongée, pouvant atteindre 40°C. La maladie provoque également des douleurs abdominales, une perte d’appétit et une grande fatigue. Les personnes atteintes peuvent également ressentir des maux de tête et souffrir de troubles digestifs, tels que la diarrhée ou la constipation.

Dans les cas les plus graves, la fièvre typhoïde peut entraîner des complications sévères, notamment des perforations intestinales, qui peuvent être mortelles si elles ne sont pas prises en charge rapidement.

Selon l’annuaire statistique du ministère de la Santé de 2023, la fièvre typhoïde est, avec la fièvre paratyphoïde, une autre maladie entérique, le 5e motif d’hospitalisation au Burkina Faso. 

Un vaccin très attendu 

Jusqu’en 2017, il n’existait pas de vaccin conjugué contre la fièvre typhoïde, a déclaré à Fasocheck le Pr Sodiomon Sirima, épidémiologiste et expert dans le développement de médicaments et de vaccins, par ailleurs directeur général du Groupe de Recherche Action Santé (GRAS), un institut privé de recherche œuvrant dans le domaine de la recherche clinique et biomédicale

L’on compte, selon le ministère de la Santé, 03 types de vaccins contre la typhoïde : “ un vaccin oral destiné aux adultes et aux enfants de plus de six (6) ans qui nécessite une revaccination tous les trois (3) ans ; un vaccin polysaccharidique capsulaire Vi injectable non conjugué, destiné aux personnes de 02 ans et plus, et nécessite aussi une revaccination tous les trois (3) ans ; et un vaccin conjugué injectable qui peut être administré à partir de l’âge de six (6) mois, qui a une durée de protection minimale de cinq (5) ans et ne nécessite pas des doses de rappel”.

A ce jour, deux versions du vaccin conjugué contre la fièvre typhoïde, développées par des laboratoires indiens, sont actuellement préqualifiées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le premier vaccin, le Typbar-TCV, a été développé par le laboratoire Bharat Biotech et a obtenu sa préqualification en 2018, avec une annonce de lancement le 26 août 2013. Le second, le Typhibev, a été conçu par le laboratoire Biological E et a été préqualifié en 2020. C’est ce vaccin, recommandé aux personnes âgées de 6 mois à 45 ans, qui a été distribué lors de la campagne de vaccination de janvier 2024 au Burkina Faso, suite à un avis favorable émis par le groupe technique consultatif sur la vaccination, dans une note adressée au ministre de la Santé depuis 2022. D’après la fiche technique du vaccin, l’OMS estime son efficacité entre 79 et 85 % contre la fièvre typhoïde, sur la base des essais cliniques de phase 3. 

Emballage du Vaccin Typhibev, administré au Burkina Faso

 

En plus du Burkina Faso, des études d’efficacité et d’efficience ont été menées dans d’autres pays, comme le Népal, le Bangladesh, le Malawi, l’Inde et le Pakistan. 

Selon le Dr Nomwendé Christelle Ouédraogo/Neya, responsable de la direction de la prévention par les vaccinations, la différence entre le Typbar-TCV et le Typhibev réside dans leurs noms commerciaux. « Ce sont les mêmes vaccins, tous deux sont des vaccins anti-typhoïdiques conjugués. C’est un peu comme le paracétamol : la molécule reste la même, mais elle est commercialisée sous différents noms selon les laboratoires qui la produisent », a-t-elle étayé.

Une phase pilote en 2018 

Avant son intégration dans le programme de vaccination, une phase pilote a été menée en 2018 par le Groupe de Recherche Action en Santé du Burkina Faso, en collaboration avec le Centre de développement de vaccins et de santé mondiale de l’Université du Maryland, aux États-Unis. L’expérimentation s’est déroulée entre décembre 2018 et août 2019 à la clinique pédiatrique ambulatoire de l’hôpital Schiphra, à Ouagadougou au Burkina Faso.

Selon le Pr Sodiomon Sirima qui a conduit les travaux, cette étude visait principalement à évaluer la possibilité d’administrer “le vaccin simultanément avec ceux du programme élargi de vaccination”. 

L’expérimentation, déclare-t-il, a porté sur environ 300 enfants âgés de neuf (9) à onze (11) mois. Les résultats ont démontré que le Typbar-TCV pouvait être administré en toute sécurité à l’âge de neuf mois, associé aux vaccins contre la fièvre jaune, la rougeole et la rubéole, déjà intégrés au programme de vaccination de routine.

Fondé en 2008, le GRAS est un institut de Recherche de droit privé, œuvrant dans le domaine de la recherche clinique et biomédicale, agréé par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation.

Pour la phase pilote, c’est le Typbar qui a été injecté aux enfants

Intégration dans le programme de vaccination

Le Typhibev est le seul vaccin utilisé lors de la campagne de vaccination menée par le ministère de la Santé, assure la directrice de la Prévention par les vaccinations. « Il (le vaccin) est disponible uniquement dans le programme national de vaccination et n’est pas vendu dans les officines privées, où il ne peut être acheté pour une vaccination individuelle », précise Dr Nomwendé Christelle Ouédraogo/ Neya, la directrice de l’institution, avant d’ajouter que l’introduction de ce vaccin au Burkina Faso a nécessité le quitus de l’Agence nationale de régulation pharmaceutique (ANRP), qui “donne l’autorisation d’introduction après avoir vérifié que toutes les conditions requises sont remplies”

Avant d’être administré à l’homme, tout produit pharmaceutique passe d’abord par une phase pré-clinique, qui consiste à tester le vaccin sur de petits animaux, puis sur de plus grands, y compris parfois des primates, explique le Pr Sodiomon Sirima du GRAS. Ensuite vient la phase clinique. “Il y a jusqu’à quatre phases. Et ces quatre phases peuvent être subdivisées en plusieurs sous-groupes. On commence par une première administration chez l’homme. Et habituellement, la réglementation mondiale actuelle est que cette première administration chez l’homme est faite toujours dans le pays de celui qui a découvert le produit », détaille-t-il.

Seul le succès probant des phases précliniques et cliniques autorise l’enclenchement de la procédure d’autorisation de mise sur le marché, étape indispensable à la commercialisation et à la diffusion à grande échelle d’un nouveau vaccin

Contre-indications et effets secondaires connus du vaccin

Comme tout autre vaccin, celui contre la fièvre typhoïde a un rôle préventif. Dr Neya, directrice de la prévention par les vaccinations, indique qu’il « ne s’administre que sur un sujet bien portant ». Pour les sujets déjà contaminés par la maladie, le conseil est de “différer le vaccin”.

Les effets secondaires répertoriés selon la directrice de la prévention sont bénins.  « Nous avons eu 16 cas où c’était de la fièvre ou des douleurs abdominales, environ mille autres cas pour des douleurs, une rougeur ou un point au niveau de l’endroit vacciné”. Toutefois, rassure-t-elle : “tous ces cas-là ont été résolus, il n’y a pas eu de problème ».

Rabiatou Congo

Fasocheck