"1590 divorces en 2022 seulement à Ouagadougou, soit 133 divorces par mois. Cause des divorces: 1. Injures graves (49,7%), 2. Infidélité (39,3%), 3. Abandon de foyer (9,1%), 4. Autres (3,3%)."
1590 divorces enregistrés en 2022, rien que pour la ville de Ouagadougou. Ces chiffres alarmants circulent sur la toile, et sont parfois même repris par certains médias en ligne. Ils sont pourtant erronés. Ce sont plutôt 550 divorces qui ont été prononcés dans l’ensemble du pays en 2022, dont 371 à Ouagadougou.
Sur internet, depuis janvier 2023, une information refait surface de façon cyclique. Traitée par les médias et relayée sur les réseaux sociaux, l’info prétend que “Ouagadougou a enregistré pour l’année 2022, 1590 divorces, soit 133 divorces par mois, dont près de la moitié (49,7%), pour injures graves et 39,3% pour infidélité. L’abandon de foyer (9,1%) et d’autres causes (3,3%) ont justifié ces divorces.” En août 2025, cette information a resurgi sur internet suite à une publication de la page Facebook Sensas qui a ensuite supprimé le post quelques jours après. Cette publication a été largement reprise par les médias et des pages Facebook, instagram et threads.
La ville de Ouagadougou a-t-elle réellement à elle seule enregistré 1590 divorces ont-ils été en 2022 ? Fasocheck a vérifié

Capture d’écran de la publication supprimé de Sensas Burkina
D’où viennent ces données ?
Une recherche avancée sur internet avec les mots-clés “nombre de divorces au Burkina en 2022” a permis de retrouver une dizaine de publications datant de 2023 par les médias (1,2,3,4) et des pages facebook (1,2) et X. Les plus anciennes (1, 2) retrouvées par Fasocheck datent du 5 janvier 2023. Cependant, la source primaire de l’information n’est pas clairement mentionnée dans la plupart des publications. Certains citent le Tribunal de grande instance de Ouagadougou, le Tribunal de grande instance Ouaga 1 et d’autres la justice tout simplement.
Le flou sur la source de l’information est déjà interpellateur. La ville de Ouagadougou compte deux juridictions, à savoir le tribunal de grande instance Ouaga I et le tribunal de grande instance Ouaga II.
En août 2025, après la publication de la page Facebook Sensas, qui a ensuite été supprimée, ces fameux chiffres ont été de nouveau largement partagés remettant à jour cette question de divorce (1,2,3,4,5,6,7).
Contactés, pour connaître la source de ces données, les administrateurs de la page Facebook Sensas ont indiqué s’être référés aux publications faites en 2023 par plusieurs médias et pages sur les réseaux sociaux.
Depuis la publication de ces données en 2023, elles ont été utilisées dans plusieurs articles journalistiques et dans un mémoire de fin de cycle. Le 30 octobre 2025, un tiktokeur nommé Alain Fasodroit (lien archivé) prodiguant des conseils en droit a dans une de ses vidéos déclaré qu’il y a : “plus de 1500 divorces par an à Ouagadougou seulement. Soit 30 par semaine”.
Le 30 novembre 2023, l’émission On en parle à la télé diffusée sur la RTB télé a consacré un numéro au débat autour du divorce. Dès l’ouverture de l’émission dans la présentation du sujet, la présentatrice a déclaré que « la publication des chiffres de 2022 a suscité beaucoup d’interrogations. Pour 3 681 mariages célébrés, 1 590 cas de divorces ont été enregistrés ». Quatre invités étaient présents sur le plateau, dont Mohamed Ouattara, juge au Tribunal de grande instance de Ouaga I. Celui-ci a tenu à rectifier ces données, précisant que les statistiques officielles compilées dans les annuaires judiciaires sont bien inférieures à celles qui circulent sur internet. « En 2022, 550 décisions de divorce ont été rendues au Burkina Faso, dont 371 rien qu’à Ouagadougou », avait-t-il affirmé.
Fasocheck n’a pas pu retrouver la première source ayant publié cette information qui depuis 2 ans circule sur internet.
Les chiffres réels sur le divorce
Pour obtenir les vraies statistiques sur le nombre de divorces prononcés par les tribunaux de grande instance de Ouaga I et II, Fasocheck a contacté la direction de la communication du ministère de la Justice qui a transmis l’annuaire statistique 2024 du ministère de la Justice et des Droits humains. Le document n’est pas encore disponible sur internet.
À la page 84 du rapport, dans un tableau compilant les décisions rendues en matière civile et commerciale, le divorce étant une affaire civile, 550 décisions de divorce ont été rendues dans l’ensemble des 27 tribunaux de grande instance du Burkina Faso en 2022. Ce chiffre est inférieur à celui publié sur les réseaux sociaux en 2023. Les données montrent une baisse en 2023 où 495 décisions ont été prononcées et 515 en 2024. Sur la période allant de 2015 à 2024, l’année 2022 reste celle où le plus grand nombre de divorces a été prononcé dans le pays. Dans ce rapport, les motifs de divorces ne sont cependant pas évoqués.
À la page 84 du rapport, dans un tableau compilant les décisions rendues en matière civile et commerciale, le divorce étant une affaire civile, 550 décisions de divorce ont été rendues dans l’ensemble des 27 tribunaux de grande instance du Burkina Faso en 2022. Ce chiffre est inférieur à celui publié sur les réseaux sociaux en 2023. Les données montrent une baisse en 2023 où 495 décisions ont été prononcées et 515 en 2024. Sur la période allant de 2015 à 2024, l’année 2022 reste celle où le plus grand nombre de divorces a été prononcé dans le pays. Dans ce rapport, les motifs de divorces ne sont cependant pas évoqués.
Fabriqué avec Visme
Le document, en plus de fournir des informations sur le nombre de décisions de divorce rendu, précise également les nouvelles affaires de divorce enregistrées et les nouvelles requêtes d’ordonnances. En 2022, en nouvelles affaires de divorce 589 ont été enregistrées, contre 1 093 pour les nouvelles requêtes d’ordonnances. Selon l’annuaire statistique, une nouvelle affaire correspond à une affaire nouvellement arrivée au parquet et enregistrée dans le registre des plaintes. Une requête d’ordonnance est une demande écrite adressée à un juge pour que celui-ci rende une décision appelée “ordonnance” sans qu’il y ait nécessairement un débat contradictoire ou une audience préalable. Enfin, une décision rendue désigne une affaire ayant fait l’objet d’un procès devant un tribunal de grande instance, au terme duquel une décision a été prononcée sur le litige.
L’annuaire statistique ne fournit cependant pas de données détaillées par juridiction. Sollicité par Fasocheck la Direction générale des études statistiques sectorielles du ministère de la Justice et des Droits humains a partagé par courrier un fichier Excel contenant les chiffres spécifiques pour les tribunaux de Ouaga I et II.
Selon ces données, en 2022, le TGI de Ouaga I a rendu 210 décisions de divorce et le TGI de Ouaga II, 161, soit un total de 371 divorces prononcés dans la capitale. Ce nombre a ensuite diminué, avec 318 divorces prononcés en 2023 et 313 en 2024.
Issa Soulama, technicien supérieur de la statistique et chef de service de l’enquête de l’évaluation au sein de la DGESS du ministère de la Justice est formel : “Les informations sur le nombre de divorces en 2022 ne viennent pas de nos statistiques (ndlr: DGESS Justice). Ces données n’ont pas été collectées au niveau des juridictions. Les gens confondent les termes requêtes et décisions. Quand on parle de divorce, cela signifie qu’il y a une décision de divorce qui a été prononcée.”
Quant aux nombres de mariage célébrés, selon les données du Rapport spécial que nous a fournies la Direction de la population des états civils de la mairie de la commune de Ouagadougou, en 2022 ce sont au total 3 736 unions qui ont été scellées à l’hôtel de ville de Ouagadougou et dans ses 12 arrondissements. Ces chiffres ont évolué : 4 066 mariages en 2023 et 4 152 en 2024.
Fabriqué avec Visme
Motifs de divorces
Fasocheck a consulté le site web de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) et a trouvé un document intitulé Rapport Etude état civil. Divorces, motifs de divorces et traçabilité dans les marges des registres d’état civil. Cependant, celui-ci n’est pas encore accessible sur le site.
Sollicité, l’INSD a transmis à Fasocheck un fichier Word contenant les principaux résultats de l’étude. Celle-ci a porté sur les caractéristiques et les motifs de divorce au Burkina Faso entre 2019 et 2023, et a concerné neuf Tribunaux de Grande Instance (TGI) à savoir Ouaga I, Ouaga II, Bobo-Dioulasso, Banfora, Fada N’Gourma, Tenkodogo, Koudougou, Ouahigouya et Gaoua.
L’étude précise que, selon l’article 355 de l’ancien Code des personnes et de la famille, « lorsque les époux demandent ensemble le divorce, ils n’ont pas à en faire connaître les motifs ». Ainsi, les analyses de l’INSD ont porté uniquement sur les motifs de divorces contentieux.
NB: les pourcentages indiqués ne peuvent pas être additionnés entre eux pour donner un total de 100 %.
Procédure du divorce
Le divorce est la rupture du lien matrimonial, par un juge, explique Aboubakar Traoré, chef de greffe adjoint du TGI Ouaga I. Il existe deux types de divorce à savoir le divorce par consentement mutuel et le divorce contentieux selon le code des personnes et de la famille au Burkina Faso.
L’article 241-1 du nouveau code stipule : “Le divorce par consentement mutuel peut avoir lieu sur demande conjointe des époux ou par suite d’un accord postérieur constaté devant le juge au contentieux. Lorsque les époux demandent ensemble le divorce, ils n’ont pas à en faire connaître les motifs ; ils doivent seulement soumettre à l’approbation du tribunal un projet de convention qui en règle les conséquences.” Cependant, il ne peut être demandé au cours des deux premières années du mariage précise l’article 241-4.
Quant au divorce contentieux est le manque d’accord entre les époux pour divorcer. C’est l’un des époux qui prend l’initiative de demander le divorce sans concerter l’autre. L’époux demandeur doit être à mesure d’invoquer une cause de divorce. L’article 242-13 dispose que le divorce peut être demandé par un époux, notamment lorsque la vie commune est devenue intolérable par suite d’adultère, d’excès, de sévices ou injures graves; lorsque la vie familiale et la sécurité des enfants sont gravement compromises par l’inconduite notoire ou l’abandon moral ou matériel du foyer; en cas d’absence déclarée; en cas de séparation de fait continue depuis trois ans au moins ; en cas d’impuissance ou de stérilité médicalement constatée.
Conclusion
L’information selon laquelle 1590 divorces en 2022 ont été enregistrés seulement à Ouagadougou, soit 133 divorces par mois est fausse. En 2022, au Burkina Faso ce sont 550 divorces qui ont été prononcés, dont 371 pour la ville de Ouagadougou.
Fact-checker : Rabiatou Congo
Editeurs : Jordan Meda et Abdoul Fhatave Tiemtoré