Affirmation

“Ibrahim Traoré élimine tous les frais scolaires au Burkina Faso. L’éducation est désormais 100% gratuite de l’école primaire jusqu’à l’université” Auteur: PPA mag média

Auteur
Auteur: PPA mag média
Verdict
Faux
L’affirmation attribuée au président du Faso est incorrecte. Il a plutôt déclaré, sans donner d’échéance, que l’un de ses projets consiste à rendre l’éducation gratuite au Burkina Faso.


“Ibrahim Traoré élimine tous les frais scolaires au Burkina Faso. L’éducation est désormais 100% gratuite de l’école primaire jusqu’à l’université” lit-on depuis avril 2025 sur les réseaux sociaux (1, 2, 3, 4, 5). Certaines pages sur Facebook indiquent que cette décision est entrée en vigueur en mars 2025. 

Le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a-t-il déclaré que l’école est désormais gratuite au Burkina Faso? 

Fasocheck a vérifié.  

capture d’écran de la déclaration

D’où vient cette information ?

Une recherche avancée sur Internet menée à partir des mots-clés « école gratuite au Burkina Faso », a permis d’identifier une vingtaine de pages Facebook et de comptes TikTok ayant relayé cette information, en français comme en anglais.

Les auteurs des publications font référence à une déclaration attribuée au président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, faite en mars 2025. Les recherches ont permis d’identifier deux discours prononcés par le président du Faso au cours de ce même mois.

Le premier date du 22 mars 2025, lors d’une visite à Ziniaré, dans le centre du pays, où il a échangé avec les forces vives de la localité. Cette intervention, d’une durée de 19 minutes et 56 secondes, est disponible sur la chaîne YouTube de la télévision BF1. À la 15e minute et 44 secondes, évoquant la question de l’éducation, le président du Faso a déclaré :

« On espère que l’année prochaine, on va lancer la cité universitaire, agrandir les capacités des restaurants universitaires, augmenter le nombre de plats. La question des bourses, nous travaillons à maîtriser actuellement les dépenses militaires pour pouvoir l’injecter dans notre éducation parce que l’éducation, c’est la clé. »

Le second discours a été prononcé le 25 mars 2025, à l’occasion de la montée des couleurs à la présidence du Faso, marquant le lancement des Journées nationales d’Engagement patriotique et de Participation citoyenne.

Dans aucune de ces deux interventions publiques, le capitaine Ibrahim Traoré n’a déclaré que les frais de scolarité avaient été supprimés, ni que l’éducation était devenue totalement gratuite au Burkina Faso.

D’où vient cette confusion ? 

La confusion provient d’une déclaration faite par le président du Faso, le 9 octobre 2024, lors de son entretien à la Radio nationale du Burkina. Vers la fin de l’émission, à 1h03min38s, répondant à une question, il a affirmé :

« Nous avons un programme et des objectifs. Sur le volet de l’éducation, l’objectif est que l’éducation soit gratuite au Burkina Faso. Nous ne pouvons pas dire exactement combien de temps ça va prendre. On évalue nos potentiels, nous essayons de faire certaines choses nous-mêmes et nous espérons pouvoir y arriver. »

Ces propos ont été mal compris ou interprétés à tort par certains internautes, qui y ont vu une annonce immédiate de la gratuité de l’éducation, alors qu’il s’agit en réalité d’un objectif à atteindre.

La gratuité de l’enseignement au Burkina Faso

Au Burkina Faso, l’enseignement du premier degré est gratuit depuis 1965, conformément au Décret n° 289 bis/PRES/EN du 3 août 1965. Ce décret a son article 3 dispose que “L’Enseignement du Premier Degré est gratuit en ce qui concerne la période soumise à l’obligation scolaire”. 

Capture d’écran de l’article 2 et 3 du décret n°289 bis de 1965

Cette mesure a été renforcée par la Loi n° 0013-2007/AN du 30 juillet 2007 portant loi d’orientation de l’éducation. L’article 6 de cette loi stipule que :

« L’enseignement de base public est gratuit. La gratuité exclut le versement d’une somme quelconque au titre des frais d’inscription et ce, tout au long de la période de scolarité obligatoire. (…) Aucun élève ne peut être inquiété, exclu temporairement ou définitivement, ni faire l’objet d’une rétention de ses résultats scolaires pour cause de non-paiement d’une quelconque contribution. »

De plus, l’article 4 de cette même loi précise que l’enseignement de base est obligatoire pour tous les enfants âgés de 6 à 16 ans.

Toutefois, cette disposition ne concerne que les établissements publics. Les écoles privées ne sont pas soumises à cette obligation de gratuité.

Selon Hadé RAYAISSE/ZOUGOURI, chargée de projet au Cadre de concertation des ONG et associations actives en Éducation de Base du Burkina Faso, il arrive malgré tout que des frais dits “connexes” soient demandés aux parents d’élèves par certaines Associations de parents d’élèves (APE) remplacé par le Conseil de l’école le 26 mars 2025 dans les écoles publiques.

Ainsi, depuis plusieurs décennies, le cadre juridique burkinabè garantit un accès gratuit à l’enseignement de base dans les établissements publics, tout en interdisant les pratiques de paiement imposé pouvant constituer un frein à la scolarisation.

L’enseignement de premier degré, correspondant à l’éducation de base, comprend l’école maternelle et l’école élémentaire. L’enseignement primaire, qui en fait partie, est organisé en trois sous-cycles : le cours préparatoire (CP), le cours élémentaire (CE) et le cours moyen (CM), et s’achève par l’obtention du Certificat d’Études Primaires (CEP). Il est suivi par l’enseignement post-primaire, souvent appelé enseignement secondaire. 

Conclusion

L’affirmation attribuée au président du Faso est incorrecte. Il a plutôt déclaré, sans donner d’échéance, que l’un de ses projets consiste à rendre l’éducation gratuite au Burkina Faso. Selon la loi, l’enseignement primaire et post primaire est gratuit dans les établissements publics burkinabè. Cependant, certains frais liés au fonctionnement de l’association des parents d’élèves. 

Rabiatou Congo

Dô Dit Drissa Dao

Editeur: Abdoul Fhatave Tiemtoré