Affirmation

« Le cancer du col de l'utérus est sexuellement transmissible » Auteur : Dr Mathieu Danra sur Facebook

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Verdict
Trompeur
L'affirmation selon laquelle « le cancer du col de l'utérus est sexuellement transmissible », est trompeuse. Le cancer du col de l’utérus en tant que maladie, ne se transmet pas directement par voie sexuelle. Mais il peut être causé par une infection due au Virus du papillome humain (VPH) en anglais Human Papilloma Virus (HPV), qui peut se transmettre sexuellement.


Alors que les Virus du papillome humain (VPH) sont entre autres sexuellement transmissibles et qu’ils causent, dans bien cas, le cancer du col de l’utérus, une croyance populaire soutient à tort que les cancers du col de l’utérus sont des maladies sexuellement transmissibles.

 

Sur Facebook, une publication de la page Dr Mathieu Danra, datée du 25 janvier 2025, affirme que « le cancer du col de l’utérus est sexuellement transmissible ». La publication a été largement partagée et commentée, certaines réactions remettant en cause l’affirmation de l’auteur. Le cancer du col de l’utérus est-il vraiment transmissible par voie sexuelle ? Fasocheck a vérifié.

 

Capture d’écran de la publication faite par Fasocheck 

 

Les preuves de l’auteur

La page dénommée “DrMathieu Danra”, qui publie régulièrement des contenus en lien avec la santé, cumule plus de 7200 abonnés sur Facebook. L’administrateur se présente comme “passionné par la médecine humaine” et résidant à Garoua au Cameroun. Sur le site de Medpages, un répertoire en ligne qui fournit les adresses de médecins en Afrique, le Dr Mathieu Danra s’y présente comme médecin généraliste.

Dans une publication du 25 janvier 2025, il affirme, sans apporter d’autres précisions, que « le cancer du col de l’utérus est sexuellement transmissible ». Cette déclaration a enregistré plus de 2 000 partages, plus de 300 mentions « J’aime » et plus de 700 commentaires au 7 février 2025.

Capture d’écran de la réponse de l’auteur, joint par Fasocheck

Joint via Messenger par Fasocheck, l’administrateur de la page a maintenu sa déclaration. “Il s’agit, en réalité, d’un virus qui est à l’origine de ce cancer, le Virus du papillome humain (VPH) en anglais Human Papilloma Virus (HPV). Ce virus est transmis à la femme par l’homme durant l’acte sexuel. L’homme étant un porteur sain (Porte le virus mais ne développe pas de maladie)”, a déclaré l’auteur avant de citer un article de l’Organisation mondiale de la Santé comme preuve.

Dans cette fiche d’information, l’organisation indique que “le virus du papillome humain (VPH) est une infection sexuellement transmissible courante qui peut toucher la peau, la région génitale et la gorge” et que “la quasi-totalité des personnes sexuellement actives seront infectées à un moment de leur vie, le plus souvent sans présenter de symptômes”.

Dans la majorité des cas, poursuit l’OMS, le système immunitaire arrive à éliminer le virus de l’organisme. Cependant, “ l’infection persistante par le VPH présentant un risque élevé peut entraîner des anomalies cellulaires qui se transforment en cancer ”. Et de façon générale, ajoute-t-elle, il faut entre “15 à 20 ans pour que les anomalies cellulaires deviennent cancéreuses, mais chez les femmes dont le système immunitaire est affaibli, notamment dans le cas d’un VIH non traité, ce processus peut être plus rapide et prendre de 5 à 10 ans”. Ainsi, très peu de personnes infectées par le VPH évoluent vers un cancer invasif du col de l’utérus, peut-on lire dans un article scientifique publié dans la revue Journal of Clinical Virology.

 

Confusion entre cancer du col de l’utérus et papillomavirus

Contacté par Fasocheck, le Dr Dieudonné Kaboré, maître-oncologue au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo de Ouagadougou est claire. Le cancer du col de l’utérus est “une pathologie chronique liée à un virus sexuellement transmissible”, dans 90% des cas. [L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) évoque un taux de 95%.] C’est donc le virus qui est responsable du cancer du col de l’utérus qui est sexuellement transmissible, mais le cancer en lui-même ne peut pas être transmis lors de rapports sexuels ou lors d’un contact sexuel. C’est ce qui, selon l’oncologue, explique la “confusion” autour de la transmission sexuelle ou non de la maladie.

L’institut belge de santé, définit les infections sexuellement transmissibles (IST) comme des infections transmises principalement lors de contacts sexuels (oraux, vaginaux et anaux). Une infection est l’envahissement de l’organisme ou d’un site spécifique par des agents pathogènes, tels que des bactéries, des virus, des champignons ou des parasites. Ces agents pathogènes pénètrent dans le corps, se multiplient et peuvent provoquer des maladies. Les Maladies Sexuellement Transmissibles (MST) quant à elles désignent une maladie sexuellement transmissible qui “implique un état pathologique et s’accompagne donc de symptômes”.

Selon l’Institut Pasteur, certains VPH causent des verrues sans être cancérigènes. Chez les femmes qui ont commencé des rapports sexuels, il faut faire régulièrement un dépistage du pour vérifier l’état sanitaire du col de l’utérus (les recommandations sont de faire un dépistage tous les 3 ans après avoir fait deux dépistages normaux à un an d’intervalle). Mais si des saignements vaginaux et des douleurs apparaissent dans le bas-ventre ou lors des rapports sexuels, une consultation médicale est nécessaire pour vérifier le développement possible d’un cancer du col de l’utérus.

Évolution du VPH au stade de cancer

Gynécologue obstétricien au Centre hospitalier universitaire de Bogodogo à Ouagadougou, le Pr Charlemagne Ouédraogo, a lui aussi expliqué à Fascheck que, quand le virus PVH pénètre dans l’organe génital féminin, il se loge dans l’épaisseur des tissus du col de l’utérus, perturbant ainsi le fonctionnement des cellules. Ces cellules perturbées, poursuit-il, deviennent alors anormales et se développent de manière anarchique et incontrôlée, formant ainsi une tumeur visible et palpable.

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Selon le professeur, ces anomalies se déclinent en plusieurs grades : les bas grades, les hauts grades, le cancer local et le cancer invasif. La Société canadienne du cancer différencie le bas grade, caractérisé par des cellules cancéreuses anormales dont la disposition reste normale, du haut grade, où les cellules cancéreuses anormales présentent une disposition différente et présentent un risque de propagation.

En plus du cancer du col de l’utérus, d’autres cancers liés au VPH existent. Il a y entre autres le cancer de la vulve et le cancer de l’oropharynx ou cancer de la gorge. Ce dernier peut survenir chez les femmes qui pratiquent la fellation avec des hommes porteurs du VPH, a prévenu le gynécologue.

Facteurs de risques et prévention

Pour prévenir le cancer du col de l’utérus, le Pr Charlemagne Ouédraogo met en garde contre les comportements sexuels à risque. Il cite, entre autres, les rapports sexuels non protégés et les partenaires multiples, qui augmentent la probabilité de contracter le VPH et de développer des lésions du col de l’utérus, pouvant évoluer vers le cancer.

La manipulation du sexe féminin par les doigts, ajoute-t-il, peut aussi constituer un facteur de risque, si la main est déjà contaminée par le virus. En guise d’exemple, il explique que « si une femme salue quelqu’un porteur du VPH sur la main et ensuite manipule son sexe, elle peut être contaminée ». Il en est de même pour des baignades dans des piscines contaminées par des personnes porteuses du VPH.

Dans un article scientifique  publié en 2020, la revue Chinese Journal of Cancer Research indique que le risque de développer un cancer du col de l’utérus peut également être élevé à cause d’autres facteurs comme le tabagisme, les infections sexuellement transmissibles et l’utilisation prolongée de contraceptifs hormonaux.

Pr Charlemagne Ouédraogo recommande un dépistage régulier, afin de diagnostiquer d’éventuels cas et empêcher le développement du cancer du col de l’utérus. « Si des lésions précancéreuses sont détectées lors du dépistage, elles peuvent être traitées rapidement, en seulement cinq minutes », a soutenu le Pr Charlemagne Ouédraogo.

En plus du dépistage précoce, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) cite, dans une fiche d’information publiée en mars 2024, la vaccination prophylactique contre le VPH et le traitement des lésions précancéreuses comme des stratégies efficaces pour prévenir le cancer du col de l’utérus. La vaccination prophylactique est une mesure préventive destinée à protéger les personnes contre des infections avant qu’elles n’entrent en contact avec l’agent pathogène. Elle est recommandée par l’OMS, aux filles, mais aussi aux garçons, entre 9 et 14 ans, avant qu’ils ne commencent leur vie sexuelle.

Prévalence et traitements disponibles

Au Burkina Faso, les données de 2022 du Global Cancer Observatory (GLOBOCAN) indiquent que 988 cas de cancer du col de l’utérus ont été recensés, causant plus de 775 décès. GLOBOCAN, une initiative de l’Agence Internationale de Recherche sur le Cancer (IARC) sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé, publie des statistiques mondiales sur le cancer tous les deux ans. Selon l’Organisation mondiale de la santé, en 2022, environ 660 000 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus ont été recensés dans le monde, causant environ 350 000 décès. Cela fait du cancer du col de l’utérus le 4e cancer féminin, avec une incidence plus élevée dans les pays à revenus intermédiaires ou faibles.

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Si le cancer du col de l’utérus est diagnostiqué chez une personne, plusieurs types de traitement sont disponibles. Le Pr Charlemagne Ouédraogo évoque la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie.

La Société canadienne du cancer a indiqué que la chirurgie pour le cancer du col de l’utérus implique l’ablation de la tumeur. La chimiothérapie, elle, consiste à utiliser des médicaments pour détruire les cellules cancéreuses. Elle est souvent combinée avec la radiothérapie pour traiter les cancers avancés. Cette dernière méthode implique l’utilisation de rayons ionisants pour détruire l’ADN des cellules cancéreuses afin de les empêcher de se multiplier.

Conclusion

L’affirmation de la page Facebook Dr Mathieu Danra, selon laquelle « le cancer du col de l’utérus est sexuellement transmissible », est trompeuse. Bien que le virus à l’origine de la plupart des cancers du col de l’utérus soit sexuellement transmissible, la maladie en elle-même ne peut être transmise par le sexe. Il existe d’autres voies de transmission du virus et sa présence ne signifie pas forcément existence d’un cancer du col de l’utérus.

Dô DAO

Email: dodao@fasocheck.org

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