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Depuis le 30 mars 2025, plusieurs fausses informations visant les institutions publiques ont envahi la web sphère burkinabè. Entre fausses alertes d’attaques terroristes, rumeurs de mutineries et piratages supposés de pages officielles, retour à froid sur cette vague de désinformation qui a créé la confusion chez les internautes malgré les démentis.

L’identité de l’Etat-major général des armées usurpée

Tout a commencé le 30 mars 2025 avec une supposée capture d’écran d’un post Facebook attribué à l’Etat-major général des armées du Burkina (EMGA BF). L’information lisible sur la capture d’écran alerte sur une attaque terroriste meurtrière survenue le 28 avril 2025 contre l’armée, et dont le lieu n’est pas précisé.

Le même jour, une autre supposée capture d’écran d’un post Facebook de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB) a ensuite fait croire que le ministre burkinabè de la Défense, Célestin Simporé, a nié l’existence d’une attaque terroriste à Diapaga, localité située dans l’Est du Burkina Faso. Cette image est appuyée par un autre supposé communiqué de presse intitulé “Démenti d’informations erronées diffusées dans la presse et sur les réseaux sociaux”, cette fois-ci attribué au Chef d’Etat-major des armées. Dans le communiqué où les auteurs ont utilisé le logo et le cachet de l’institution militaire, puis imité la signature du Chef d’État-Major.

Le 1er avril, une nouvelle supposée capture d’écran d’un post du Service d’information du gouvernement (SIG) circule à nouveau sur les réseaux sociaux, faisant croire que le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré s’est rendu à Diapaga où il se serait entretenu avec les troupes combattantes. La visite vise à mettre fin, selon les auteurs, “aux rumeurs sur les supposées attaques contre le détachement militaire de Diapaga.” 

Ces posts, même s’ils ont créé de la confusion chez les internautes, n’émanent pas des autorités militaires mises en cause. Chacune de ces informations ont fait l’objet de démenti non seulement des autorités militaires, mais aussi de la RTB respectivement sur leurs pages Facebook ( 1 ; 2). Quant au SIG, il a également démenti l’information sur sa page Facebook, appelant à la vigilance des internautes.

Le 2 avril, la BCLCC lance l’alerte

Face à l’intensification de ces fausses informations sur les réseaux sociaux, la Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité (BCLCC) a alerté les internautes burkinabè sur une vague de désinformation visant des personnes physiques ou morales. « Des individus malintentionnés exploitent des outils de sources ouvertes pour créer et diffuser de faux contenus, imitant des publications provenant de profils ou de pages officielles, qu’il s’agisse de personnes physiques ou morales», a-t-elle expliqué dans une note publiée sur sa page Facebook, le 2 avril 2025.

Selon toujours la BCLCC qui explique leur mode opératoire, ces individus collectent d’abord des informations, notamment le nom et la photo de profil ou le logo des profils ou pages ciblés, qui sont ensuite utilisés pour générer des fausses publications. “En outre, ces outils permettent de simuler un grand nombre de “likes”, de commentaires et de partages, donnant ainsi l’apparence d’un post authentique. Ces faux contenus sont ensuite téléchargés et largement diffusés via des groupes WhatsApp, ainsi que des profils et pages Facebook, souvent via des avatars créés à cet effet.”, a précisé la Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité.

Mi-avril, une nouvelle vague de désinformation s’intensifie

Le 11 avril 2025, l’identité numérique de la Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité (BCLCC) est usurpée. Les auteurs prétendent que des attaques informatiques ont ciblé plusieurs plateformes numériques, spécifiquement des pages Facebook d’institutions républicaines du Burkina Faso. Les pages citées dans le faux communiqué circulant en ligne sont entre autres celles de la Présidence du Faso, du ministère de la Défense et même de la BCLCC. Mais pour l’institution qui a démenti l’information, l’objectif des auteurs de ces fausses informations vise à semer la confusion et porter atteinte à la crédibilité de nos institutions.

 

 

La seconde fausse information diffusée le 12 avril 2025 évoque quant à elle une prétendue mutinerie en cours à Bobo-Dioulasso et à Fada N’Gourma. L’information attribuée faussement à l’Agence d’information du Burkina (AIB) affirme que des mouvements d’humeur ont été signalés au 25ᵉ régiment d’infanterie commando de Bobo-Dioulasso, 34ᵉ Régiment interarmées de Fada N’Gourma. L’AIB a aussitôt démenti l’information sur sa page Facebook. 

Le 13 avril 2025, une fausse information attribuée à la Société nationale des burkinabè d’Hydrocarbures (SONABHY), annonce une situation de pénurie temporaire de carburant dans certaines grandes villes du pays, notamment à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Selon le communiqué, cette pénurie serait “due aux difficultés rencontrées par les camions-citernes en provenance du Niger, qui subissent de fréquentes attaques terroristes le long de leur itinéraire.” Dans un communiqué publié sur sa page Facebook le même jour, la SONABHY a démenti ne pas être à l’origine du faux communiqué annonçant une pénurie dans les deux villes du pays.

 

 

Des contenus fabriqués de toutes pièces

L’analyse des captures d’écrans présentées comme réalisées sur les pages officielles des institutions visées par la vague de désinformation montre qu’il s’agit de contenus manipulés ou fabriqués de toute pièce par leurs auteurs.

Des faux communiqués attribués à l’État-major, à la BCLCC ou encore à la SONABHY, en passant par les prétendus posts provenant de la RTB, de l’AIB ou du SIG, les auteurs ont mêlé textes, éléments graphiques tels les logos et couleurs des institutions, et des signatures falsifiées, pour créer l’illusion d’une source fiable. Pour s’y prendre, ils ont réalisé des montages numériques réalistes qui imitent des publications officielles.

Certaines de ces fausses informations ont été générées grâce à des outils numériques d’intelligence artificielle permettant de générer des faux posts. Ces outils permettent de générer des faux tweets réalistes, puis de les télécharger sous forme d’image. Ils donnent la possibilité aux auteurs de déterminer le nombre de  mentions « likes », de « commentaires », de « partages » et même des images et des chaînes de réponses.

Une utilisation malveillante  de ces outils augmente le risque de désinformation sur les réseaux sociaux en créant de la confusion parmi les internautes. Dans ce contexte précis, les auteurs ont utilisé les logos, les photos de couverture des pages officielles pour générer des publications déversées sur les réseaux sociaux. 

Ce n’est pas la première fois qu’une campagne de désinformation à travers des contenus générés vise les institutions républicaines. En juin 2024, suite à un incident de tir survenu, près du palais présidentiel, des contenus manipulés faussement attribués à l’Agence d’Information du Burkina et au Chef d’Etat-Major général des armées u Burkina Faso avaient également circulé  dans des groupes WhatsApp semant la confusion au sein des populations. Ces faux communiqués évoquant un mouvement d’humeur au sein de l’armée burkinabè ont été démentis par l’Etat-Major général de l’armée [ 1; 2 ]. 

 

 

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