« 70% d'africains au sud du Sahara manquent d'accès à l'assainissement et 344 millions d'africains sont privés d'eau potable »
Le 22 mars 2026 a été commémorée la Journée mondiale de l’eau. En marge de cette journée Fasocheck vous propose un article de vérification sur une déclaration de l’ONG WaterAid lors de la 29e édition du FESPACO tenu du 22 février au 1er mars 2025.
Lors de la 29e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), WaterAid, l’un des partenaires du festival, a publié sur Facebook un visuel sur lequel on peut lire que : « 70 % d’africains au sud du Sahara manquent d’accès à l’assainissement et 344 millions d’africains sont privés d’eau potable ». L’ONG a ensuite invité les cinéastes à montrer ces réalités dans leurs productions.
70 % d’africains au sud du Sahara manquent-ils d’accès à l’assainissement ? 344 millions sont-ils vraiment privés d’eau potable ? Fasocheck a vérifié.

Publication faite le 26 février 2025
Contexte de la déclaration de WaterAid
En marge du 29e Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), tenu du 22 février au 1er mars 2025, l’ONG WaterAid a fait une série de publications sur sa page Facebook. Dans l’une d’elles, un visuel indique que : « 70 % d’africains au sud du Sahara manquent d’accès à l’assainissement et 344 millions d’africains sont privés d’eau potable ». S’adressant aux cinéastes, l’ONG plaide : « ces réalités méritent d’être vues dans vos productions cinématographiques », appelant ainsi les cinéastes africains à raconter la « grande problématique de l’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement ».
WaterAid est une organisation non gouvernementale œuvrant pour l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Partenaire de l’édition 2025 du FESPACO, l’ONG a décerné un prix spécial à Michel Zongo pour son film L’homme qui plante les Baobabs.
Qu’est-ce que l’assainissement ?
L’assainissement, d’après l’Organisation des Nations unies, est l’ensemble des actions, infrastructures et techniques mises en œuvre pour améliorer l’hygiène et la salubrité de l’environnement. Il comprend la collecte, l’évacuation et le traitement des eaux usées domestiques, la gestion des excréta (urines et matières fécales), la gestion des déchets solides (ordures ménagères, déchets organiques, etc.), le drainage et l’évacuation des eaux pluviales pour prévenir les inondations, les stagnations et la prolifération de maladies. L’assainissement englobe aussi les réseaux d’égouts et stations d’épuration, les fosses septiques, les systèmes d’assainissement autonome en milieu rural et la gestion durable des eaux de ruissellement.
Un service d’assainissement géré en toute sécurité consiste en l’utilisation d’installations améliorées, non partagées avec d’autres ménages, et dont les excréta sont soit traités et gérés sur place, soit évacués et traités hors site. À l’inverse, un service de base correspond uniquement à l’utilisation d’installations améliorées non partagées, sans exigence supplémentaire sur la gestion des excréta.
Qu’est-ce qu’un service d’eau potable ?
Un service d’eau potable géré en toute sécurité est une eau de boisson provenant d’une source améliorée, accessible directement à domicile, disponible à tout moment et exempte de toute contamination fécale ou chimique. En revanche, un service de base désigne une eau de boisson issue également d’une source améliorée, à condition que le trajet aller-retour effectué pour collecter l’eau n’excède pas 30 minutes, temps d’attente compris. Un service limité correspond à une eau provenant d’une source améliorée, mais nécessitant plus de trente minutes pour être collectée.
Dans sa déclaration, WaterAid ne précise pas le type de services d’eau potable et d’assainissement concerné. Daniel Spalthoff, spécialiste WASH au Bureau régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre avec qui Fasocheck a échangé, attire l’attention sur les différents niveaux de services disponibles en matière d’eau et d’assainissement.
Les preuves avancées par WaterAid
Fasocheck a contacté le service de communication de WaterAid Burkina Faso, qui a transmis comme source un communiqué de presse en anglais datant de décembre 2022. L’ONG a précisé que les données proviennent des références en note de bas de page de ce document, ajoutant que les chiffres cités s’appuient sur une étude de l’UNICEF.
Le communiqué lui-même annonçait le lancement d’une campagne de plaidoyer sur l’eau et l’assainissement visant à mobiliser 2,5 millions de dollars auprès des partenaires de l’ONG. En notes de bas de page, on trouve des fiches d’information de WaterAid et un rapport du programme conjoint UNICEF-OMS sur l’eau et l’assainissement intitulé Progrès en matière d’eau potable, d’assainissement et d’hygiène dans les ménages 2000-2020, connu sous le nom de Joint Monitoring Programme (JMP).
Le JMP est le dispositif de surveillance mondiale de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, qui fournit les données servant à suivre l’objectif de développement durable (ODD) 6 sur l’accès universel à l’eau et à l’assainissement. À la page 44 du rapport, on peut lire qu’« entre 2000 et 2020, le nombre de personnes ne bénéficiant toujours pas de services d’eau potable de base a diminué d’un tiers, passant de 1 123 millions à 771 millions », avec une baisse dans toutes les régions, sauf en Afrique subsaharienne où la population privée de services de base est passée de 350 à 387 millions de personnes.
Toujours selon le JMP (page 22-23), parmi les 23 % de la population mondiale vivant en contexte fragile (environ 1,8 milliard de personnes en 2020), en Afrique subsaharienne, 29 % avaient accès à des services d’assainissement de base et 21 % à des services d’assainissement gérés en sécurité. Cela signifie que 71 % n’avaient pas accès à des services d’assainissement de base et 79 % à des services gérés en sécurité. Toutefois, cela concerne uniquement cette population vivant dans un contexte fragile et non l’ensemble de la population subsaharienne africaine.

En annexe, à la page 160, le JMP indique qu’en 2020, en Afrique subsaharienne, 33 % de la population nationale avait accès à des services d’assainissement de base (23 % en milieu rural, 46 % en milieu urbain), ce qui implique que 67 % n’y avaient pas accès.

Les données sur lesquelles s’est basée l’ONG datent de cinq ans. Nulle part dans le document il n’est mentionné que 70 % de la population en Afrique subsaharienne manque d’accès à l’assainissement et que 344 millions sont privées d’eau potable.
Des données introuvables
Contacté par mail, le Bureau régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre a transmis à Fasocheck deux autres rapports issus du Programme conjoint de surveillance (JMP) de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de l’hygiène, co-produit avec l’OMS. Les deux documents sont intitulés respectivement Progrès en matière d’eau potable, d’assainissement et d’hygiène dans les ménages 2000-2022 et Progrès en matière d’assainissement et d’hygiène en Afrique 2000-2022. Selon le premier (page 24), le nombre de personnes n’ayant pas accès au moins à des services de base d’approvisionnement en eau potable a diminué, passant de 1,2 milliard en 2000 à 703 millions en 2022. Parmi ces 703 millions de personnes, plus de la moitié, soit environ 408 millions, vivaient en Afrique subsaharienne.
Fasocheck a également retrouvé le dernier rapport JMP publié en août 2025, intitulé Progrès en matière d’eau potable, d’assainissement et d’hygiène dans les ménages 2000-2024, produit par l’UNICEF et l’OMS. Il y est mentionné (page 24) qu’« entre 2000 et 2024, la population mondiale est passée de 6,2 milliards à 8,2 milliards de personnes » et qu’« au cours de cette période, le nombre total de personnes ayant accès à des services d’approvisionnement en eau potable gérés de manière sécurisée a augmenté de 2,2 milliards de personnes (passant de 3,8 milliards à 6 milliards) et le nombre de personnes ne disposant même pas d’un service d’eau potable de base a diminué, passant de 1,1 milliard à 696 millions. » En 2024, parmi les 696 millions de personnes dans le monde qui manquaient encore d’un service d’eau même basique, 287 millions utilisaient des services limités, 302 millions des sources non améliorées et 106 millions de l’eau de surface. Plus de la moitié des 287 millions de personnes utilisant des services d’eau limités vivaient en Afrique subsaharienne, soit 167 millions.
Concernant l’assainissement, selon le dernier rapport 2000-2024 (page 170), 44 % des populations d’Afrique subsaharienne ont accès à un service d’assainissement, dont 26 % à un service de base en milieu rural et 48 % en milieu urbain. Il en résulte que 56 % de la population n’ont pas accès à un service d’assainissement.
Le site earth.org, citant lui aussi un rapport de 2022 du JMP, indique que « 344 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’avaient pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité en 2020 ». Là encore, impossible de retrouver ce chiffre dans le rapport cité.
Méthodologie de la collecte des données
Le Joint Monitoring Programme (JMP) est un rapport biennal. Les données publiées, indique Daniel Spalthoff, sont des estimations collectées à partir de plusieurs sources : recensements nationaux, enquêtes auprès des ménages, données administratives, bases de données secondaires issues d’initiatives régionales et internationales, études menées par des instituts de recherche et informations techniques recueillies dans le cadre de consultations nationales. La mise à jour du JMP 2025 s’est appuyée sur un total de 8 756 sources de données distinctes, dont 6 760 ont été utilisées pour produire les estimations.
Accès à l’eau et à l’assainissement au Burkina Faso
Selon l’Annuaire statistique 2023 du ministère de l’Eau et de l’Assainissement, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement connaît une progression constante au Burkina Faso, tant en milieu rural qu’urbain. En zone rurale, le taux d’accès à l’eau potable est passé de 64,1 % en 2014 à 71,3 % en 2023. En milieu urbain, il a évolué de 88 % en 2014 à 92,24 % en 2023. À l’échelle nationale, le taux global d’accès à l’eau potable est passé de 70,1 % en 2014 à 78,3 % en 2023. En ce qui concerne l’assainissement des eaux usées et des excréta, le taux national est passé de 14,8 % en 2014 à 28 % en 2023. Dans la même année, ce taux était de 40,53 % en milieu urbain, contre 22,7 % en milieu rural.
Conclusion
La déclaration de WaterAid selon laquelle « 70 % d’africains au sud du Sahara manquent d’accès à l’assainissement et 344 millions d’africains sont privés d’eau potable » est non prouvée. Selon les preuves fournies par l’organisation, ce sont 387 millions d’habitants d’Afrique subsaharienne qui manquaient d’accès aux services d’eau potable de base en 2020 et 67 % au service d’assainissement, toujours en 2020. Ces chiffres ont depuis évolué : selon le rapport JMP 2025, 167 millions d’africains au sud du Sahara avaient un accès limité aux services de base d’eau potable, et 56 % n’avaient toujours pas accès à un service d’assainissement.
Fact-checker: Rabiatou Congo