« Le président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, a interdit l’utilisation des perruques de style colonial britannique et français par les juges marquant un pas significatif vers la décolonisation du système judiciaire du pays ». Sources : Africanews et DW Africa
Alors que les magistrats et greffiers du Burkina Faso ont troqué leur toge « importée » contre des toges confectionnées désormais au Burkina avec du Faso danfani, une étoffe burkinabè fabriquée à base de cotonnade, une information relayée par des médias étrangers prétend que le capitaine Ibrahim Traoré a interdit le port de perruques de style colonial britannique et français par les juges.

Capture de la déclaration de la DW Africa et Africanews
Selon une information publiée par les médias Africanews et DW Africa le 14 janvier 2025, sur leurs pages Facebook « le président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, a interdit l’utilisation des perruques de style colonial britannique et française par les juges marquant un pas significatif vers la décolonisation du système judiciaire du pays ». Cette information reprise sur les réseaux sociaux de ces médias a suscité de nombreuses réactions de la part des internautes, dont plus de 1300 commentaires et 1600 partages à la date du 22 janvier 2025, sur la page Facebook de la DW Africa. La plupart des internautes dans leurs commentaires ont félicité le Capitaine Ibrahim Traoré pour cette décision. L’information a également été reprise par plusieurs médias sur les réseaux sociaux (1, 2) et des sites web (1, 2).
Le capitaine Ibrahim Traoré a-t-il interdit l’utilisation de perruques par les juges ? Les magistrats burkinabè portaient-ils des perruques ? Fasocheck a vérifié.
D’où vient cette information ?
Une information publiée le 14 janvier 2025 sur les plateformes Facebook de Africanews, appartenant au groupe européen Euronews et DW Africa, un média allemand, respectivement à 17h35 et 19h56, prétend que le président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré a interdit « l’utilisation des perruques « de style colonial britannique et français par les juges ». Cette information, dont la source n’a pas été précisée par les médias, indique qu’« en annonçant cette décision, le président Traoré a souligné l’importance de rompre avec les traditions coloniales et d’adopter des pratiques qui reflètent l’héritage culturel du Burkina Faso. Cette interdiction s’inscrit dans le cadre de son action plus large visant à promouvoir l’identité nationale et à affirmer la souveraineté du pays ».
Fasocheck a contacté par courrier électronique les médias Africanews et DW Africa, mais n’a reçu aucune réponse à ce jour. Une recherche sur internet avec les mots-clés « Magistrats burkinabè port perruques » a révélé que plusieurs médias étrangers ont relayé cette information. Cependant, aucune information de cette interdiction n’a été trouvée sur les sites des médias nationaux, ni sur les plateformes officielles du ministère de la Justice burkinabè, de la présidence du Faso, ou du Service d’information du gouvernement. Contactée par Fasocheck, la direction de la communication et des relations publiques du ministère de la Justice a démenti cette information : « Aucun juge n’a jamais porté une perruque. C’est un Fake ».
Contrairement au modèle anglo-saxon où le port de la perruque par les juges et avocats est une tradition, cette pratique n’existe pas dans le cadre judiciaire burkinabè que le pays, ancienne colonie française, a hérité du système romano-germanique.
Changement de la toge des magistrats
Depuis le 18 novembre 2024, les magistrats burkinabè et le corps des greffiers arborent officiellement de nouveaux costumes d’audience confectionnés en Faso danfani, une étoffe conçue localement. Ces nouveaux costumes remplacent la toge « importée » lors des audiences et des cérémonies officielles. La décision a été prise par décret à l’issue du Conseil des ministres du 23 octobre 2024. Au cours de la cérémonie officielle de port des nouvelles toges, le 18 novembre 2024, Edasso Rodrigue Bayala, ministre de la Justice et des droits humains a déclaré que ces nouvelles toges sont “entièrement cousues en Faso danfani, en cotonnade, tissées par nos tisseuses et sur la base du coton cultivé par nos braves paysans, c’est un grand jour de retour à nos valeurs culturelles”

L’ancienne toge à gauche et la nouvelle à droite
Cette toge, a-t-il expliqué, : « par rapport à la toge importée coûte 5 fois moins cher. Le bas niveau des toges importées aujourd’hui coûte 900 000 F CFA. Sinon vous avez des toges qui coûtent deux ou trois millions de F CFA. Aujourd’hui nous avons une toge qui coûte à peu près 150 000 F CFA ». Les avocats ne sont pas pour le moment concernés. Le ministre a indiqué être en discussion avec eux sur le sujet. En 2023, la toge des enseignants chercheurs avait également été remplacée par des toges confectionnées en Faso danfani.
Conclusion
Faux, l’information relayée par Africanews et DW Africa selon laquelle le Président du Faso a interdit le port de la perruque aux juges est fausse. Jamais dans l’histoire judiciaire du Burkina Faso, un juge n’a porté une perruque. Il s’agit plutôt de la toge d’audience des magistrats et des greffiers qui a été remplacée par une toge confectionnée en Faso danfani.
Rabitatou Congo
Fasocheck