Burkina : accès à l’eau potable en milieu rural au Burkina Faso, état des lieux [Fiche d’info]

« L’eau, c’est la vie », dit-on. Mais au-delà du slogan, la réalité quotidienne de millions de Burkinabè reste marquée par la corvée d’eau. Au Burkina Faso, l’approvisionnement en eau potable en milieu rural et semi-urbain est assuré principalement par des puits modernes, des forages et des bornes fontaines. Quel est l’état réel de l’accès à l’eau potable en milieu rural au Burkina Faso aujourd’hui  ? Quelles sont les avancées et les défis ? Fasocheck propose des réponses à travers cette fiche d’information basée sur les dernières données officielles disponibles.

L’état des retenues d’eau au Burkina

Il n’existe pas de chiffres clairs et unanimes sur la quantité des ressources souterraines en eau du Burkina Faso. Certaines estimations datant d’une vingtaine d’années déjà évaluent le potentiel de ressources en eaux souterraines à 302 milliards de m³. Mais, préviennent les experts, affirmer que le Burkina dispose d’une telle quantité d’eaux souterraines ne signifie en aucun cas que ce volume peut être mobilisé en totalité pour la satisfaction des besoins, ni même qu’il peut être techniquement mobilisé.

En fin 2023, selon l’inventaire des retenues d’eau de la direction des infrastructures hydrauliques, 1920 retenues d’eau ont été inventoriées au Burkina Faso. Elles sont composées de 971 barrages, dont  132  en bon état; 775 boulis, 12 lacs et 162 mares. Les boulis (appellation venant de la langue mooré) sont des petites retenues, habituellement artificielles, creusées dans certaines localités pour recueillir les eaux de pluie en vue d’une utilisation ultérieure.

Données de 2023

Taux d’accès à l’eau potable en milieu rural 

D’après l’annuaire statistique 2023 de l’eau et de l’assainissement, le taux d’accès national à l’eau potable est passé de 70,1% en 2014, à 78,3% en 2023. En milieu rural, il est passé de 64,1% à 71,3% sur la même période.

Mais, ce chiffre cache d’importantes disparités. Certaines régions, comme les Kuilsé (ex-Centre-nord) ou le Liptako (ex-Sahel), restent en dessous des 65 %, tandis que la région du Kadiogo (ex-Centre) dépasse les 80 %. La région du Nazinon (ex-Centre-sud) a le taux le plus élevé avec 90,4% et le plus bas se trouve dans la région de Goulmou (l’est)  avec 51,2%.   

Près d’un village sur trois (28 %) n’atteint toujours pas le seuil minimum de 65 % de desserte, et 48 villages n’ont toujours aucune source d’eau améliorée, selon l’annuaire statistique de 2023. « Sur les 352 communes rurales, nous n’avons que 100 qui ont un taux inférieur à 65%. Si nous n’avions pas la situation sécuritaire, probablement que ce nombre allait être réduit » a indiqué Seydou Sana, Directeur général de l’eau potable, dans un reportage diffusé par la RTB le 23 mars 2024.

Une source d’eau améliorée est une source d’approvisionnement en eau potable qui, par sa conception ou sa construction, protège l’eau contre la contamination extérieure, en particulier contre la pollution fécale.

En milieu rural, les points d’eau potable sont composés, selon l’annuaire statistique de 2023, de 68 649 forages, de 8 459 puits modernes, de 4 683 adductions d’eau potable simplifiée, communément appelées châteaux d’eau et 7 911 bornes fontaines fonctionnelles. Mais, la disponibilité de points d’eau ne garantit pas son accès réel. En 2022, 445 châteaux d’eau n’étaient pas opérationnels, 2 655 forages étaient abandonnés, de même que 4 979 puits modernes.

Difficultés d’accès à l’eau potable

Si les taux d’accès à l’eau potable sont relativement élevés, ils sont loin des 80,5% que s’était fixés l’Etat pour 2025. Les raisons incluent les changements climatiques, la sécheresse récurrente, le manque d’infrastructures adéquates, de grandes disparités entre zones rurales et urbaines, ainsi que des problèmes de gestion et de financement.

Dans son article « Penser l’accès aux ressources en eau dans le bassin versant Bagré-Aval-Est en contexte d’insécurité au Burkina Faso », Yamba Siri, enseignant-chercheur à l’Université de Dédougou, souligne que le contexte sécuritaire dans plusieurs régions complique la réalisation et l’entretien des ouvrages, notamment dans le Liptako, les Kuilsé, le Goulmou et le Yaadga. Les sécheresses récurrentes et l’accroissement du nombre de personnes déplacées mettent également sous tension les infrastructures existantes. On note aussi les faiblesses persistantes des capacités des communes à gérer les réseaux : manque de moyens financiers, de compétences disponibles et d’appui technique. Enfin, il y a la répartition inégale des ressources, certains villages bénéficiant de projets structurants, pendant que d’autres attendent encore un premier forage.

Rabiatou Congo

Fasocheck

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